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	<title>Radio Londres &#187; Non classé</title>
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	<description>Un coup de jeune sur l&#039;info</description>
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		<title>L’art du refuge</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Nov 2016 17:34:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Lena Malval]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p>Réfugié n.m <em>« Personne ayant quitté son pays d&rsquo;origine pour des raisons politiques, religieuses ou raciales, et ne bénéficiant pas, dans le pays où elle réside, du même statut que les populations autochtones, dont elle n&rsquo;a pas acquis la nationalité. » </em></p>
<p>Art n.m : <em>« Création d&rsquo;objets ou de mises en scène spécifiques destinées à produire chez l&rsquo;homme un état particulier de sensibilité, plus ou moins lié au plaisir esthétique. » </em></p>
<p>Difficile d’imaginer la communion de ces deux termes, de faire le lien entre ces deux thèmes à priori antinomiques de l’actualité contemporaine. S&rsquo;il est d’usage d’évoquer ces derniers séparément, rares sont les projecteurs se braquant sur la pratique artistique des réfugiés.</p>
<p><strong>Catharsis, expression, identité, sauvegarde du patrimoine…nombreuses sont les raisons pour des exilés de prendre les pinceaux.</strong> C’est au détour d’une galerie que nous avons fait la connaissance d’artistes impliqués auprès des réfugiés et de chercheurs touchés par la place de l’art dans la vie des réfugiés ; ces acteurs de la « société civile » diffusent leurs combats en Europe mais s’engagent à des milliers de km des frontières françaises au sein de camps comme celui de Beddawi au Liban ou Zaatari en Jordanie.</p>
<p>&nbsp;</p>
<blockquote><p><strong>Peindre le quotidien: le Street-art du camp de Zaatari</strong></p></blockquote>
<p>Sous le programme AptART (<em>Awarness and prevention trough ART</em>) HERAKUT, un couple d’artiste allemand, a passé trois semaines dans le camp syrien de Zaatari afin de « colorer » le quotidien de ces individus. <strong>Contrastant avec la grisaille des cloisons en préfabriqué ont vu le jour d’immenses peintures murales : l’apparition du Street-art dans un camp de réfugié.</strong> Les deux artistes ont d’ailleurs demandé la participation des jeunes syriens, qui ont pris part avec grand plaisir à ce changement tellement insolite, inhabituel<em>.</em></p>
<div id="attachment_696" style="width: 640px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/11/14543460_1408024209211086_408113673_n.jpg"><img class="wp-image-696 size-full" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/11/14543460_1408024209211086_408113673_n.jpg" alt="14543460_1408024209211086_408113673_n" width="630" height="419" /></a><p class="wp-caption-text">c 2016 HERAKUT</p></div>
<p><em>« En passant devant ce mur les enfants ont le sourire, ils oublient où ils sont le temps d’un instant »</em> <a href="#_ftn1" name="_ftnref1"><strong><em><sup><strong><sup>[1]</sup></strong></sup></em></strong></a> tels sont les mots d’HERAKUT. A leur retour en Allemagne les deux artistes, afin de partager leur expérience ont monté une exposition à Francfort : photos, peinture et travaux réalisés avec les enfants étaient réunis afin de sensibiliser le public allemand et plus généralement européen aux conditions de vie de ces réfugiés.</p>
<p><em>« Nous ne cherchons pas à « déprimer » mais plutôt amener la réflexion sur ce que l’on peut faire ou ne pas faire (…) surtout se dire que tout es encore possible. Tant que les petits riront, rien n’est encore perdu »</em>. Au-delà de cette initiative, l’art se présente ─ du jeune âge jusqu’à la maturité ─ comme une histoire de vie, la possibilité d’un parcours à écrire, à peindre en dehors du camp.</p>
<blockquote><p><strong>Les histoires peintes du camp de Beddawi</strong></p></blockquote>
<p><em> « La peinture, même le dessin, c’est un art qui aime expliquer les problèmes aux peuples ; sinon ce n’est pas de l’art. Les difficultés pour vivre, la position économique, la pauvreté… […] Donc les peintres, ils doivent s’interroger sur les problèmes qu’ils rencontrent. Pour moi, quel est le problème le plus important ? C’est le problème de la Palestine. […] Comment me demander d’oublier le problème principal de ma vie ? Je pense que tu as vu que je pleure lorsque je parle de comment j’ai quitté la Palestine. Comment me demander de quitter et d’oublier mon pays ? »</em> <a href="#_ftn2" name="_ftnref2"><strong><sup><strong><sup>[2]</sup></strong></sup></strong></a><strong> </strong></p>
<p>Lorsque Mr Buhran prononce ces mots, il est au Liban, à 2026 km de chez lui, Galilée en Palestine. Car depuis la séparation de la Palestine en deux Etats en 1947, plus de 438 000 réfugiés palestiniens ont rejoint le Liban ; terre d’accueil et d’asile. Plus de la moitié de ces réfugiés habite au sein de camps, douze camps officiels établis par l’ONU. <strong>C’est à l’intérieur de ces espaces en marge que des hommes, des femmes et enfants tentent de penser leur avenir, d’échapper à ce quotidien étouffant d’expatrié.</strong> C’est non loin de Tripoli, dans le camp de Beddawi que Monsieur Burhan, Nizar, Iman et Samir trouvent un refuge tout particulier : le monde de l’art. Si pour les sociétés occidentales l’art est parfois considéré comme « inutile » et l’artiste marginalisé, elle apparait à Beddawi comme un remède, une échappatoire à la condition de réfugié politique.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_701" style="width: 930px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/11/14536974_1408024252544415_2006238101_o.jpg"><img class="wp-image-701 size-large" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/11/14536974_1408024252544415_2006238101_o-1024x682.jpg" alt="14536974_1408024252544415_2006238101_o" width="920" height="613" /></a><p class="wp-caption-text">c 2016 HERAKUT</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce trait d’union entre l’art et les réfugiés on le doit en partie à l’<strong>UNRWA</strong> (<em>Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient</em>) qui depuis 10 ans maintenant est en charge de l’établissement de camps de réfugiés et de leur fonctionnement. Quel rapport ? L’UNRWA construit des écoles et y dispense des cours de pratiques artistiques. <strong>Ce que l’on pourrait considérer comme de « l’art thérapie » se présente comme une véritable catharsis pour les élèves.</strong> Ils expriment sur papier leur mal-être, leurs angoisses, détournant leur violence vers leurs toiles et non plus contre eux-mêmes. D’autres au contraire esquisseront des mondes irréels et pacifiques. L’art est devenu pour ces enfants une bouée à laquelle se raccrocher pour sortir la tête de l’eau.</p>
<p><strong>Sortir la tête, quelques enfants de Beddawi y sont arrivés en devenant artistes.</strong> Après avoir suivi les cours dispensés par l’UNRWA Nizar, Yosof et Samir âgés d’une trentaine d’année aujourd’hui, sont entrés à l’Institut Technique de Tripoli puis aux Beaux-arts. Mais pour ces enfants de Beddawi, peindre ne devenait pas un moyen de subsistance car pour Nizar comme pour les autres <em>« les Palestiniens n’ont pas assez d’argent pour acheter des tableaux »</em>,  l’art n’était plus non plus un moyen d’extériorisation, non, c’était devenu un outil de diffusion. Prendre les pinceaux et non les armes, tel pourrait être le leitmotiv de Nizar.</p>
<p><em>« Tout le temps je dessine et je peins à propos de ma cause. Et quand je te parle de ma cause, je ne parle pas seulement de la cause nationale, Intifadas et bombes et tout ça, non, pas seulement ça. Comme un être humain. […] J’essaie toujours de les rendre plus individuels, quelquefois personnels. Ces peintures sont toutes originaires d’une expérience personnelle. Je pense que l’artiste peint toujours quelque chose qu’il a vécu ou senti, tu vois. »</em>. (Nizar 32 ans)</p>
<p>Enfants, ils ont peint leur quotidien, adultes leur quotidien est devenu la peinture. Nizar, Yossof et Samir sont devenus professeurs d’art plastique auprès de l’UNRWA et exposent leurs toiles en Europe (Belgique notamment). Le langage de l’art est un langage international qui, à travers l’histoire, a permis aux individus, aux artistes, de témoigner de leur situation. <strong>Pour ces hommes être artiste c’est surtout exister</strong>, dépasser cette condition de réfugié.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_697" style="width: 810px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/11/14542866_1408024212544419_1561193079_n.jpg"><img class="size-full wp-image-697" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/11/14542866_1408024212544419_1561193079_n.jpg" alt="c 2016 HERAKUT" width="800" height="450" /></a><p class="wp-caption-text">c 2016 HERAKUT</p></div>
<blockquote><p><strong>De l’art comme catharsis à l’art identitaire </strong></p></blockquote>
<p><strong>L’un des défis majeurs pour les personnes réfugiées est la sauvegarde de leur identité d’origine, bien souvent gommée voire niée au sein des pays d’accueil.</strong> Différentes organisations humanitaires et membres de la société civile ont à cœur de « colorer » le quotidien des réfugiés tout en protégeant leur culture originelle. Tel est l’engagement d’A.R.T (Art for Refugees in Transition), qui depuis plus de 10 ans promeut l’éducation artistique auprès des réfugiés (en Egypte, Thaïlande, Colombie etc.) et sauvegarde la spécificité culturelle des réfugiés ; souvent marginalisés pour leurs différences culturelles et ethniques, les réfugiés se conforment petit à petit aux traditions de leur pays d’accueil, au détriment de leur culture d’origine.</p>
<p><strong>Par le biais d’A.R.T, les adultes sont encouragés à partager leur culture artistique avec les enfants</strong> : à travers la danse, le chant, la musique et la peinture, les liens se renforcent, les sourires grandissent sur les joues des enfants et la culture propre aux réfugiés est préservée.<em> « A.R.T intervient auprès de groupes de réfugiés en développant un programme spécifique pour chaque art autochtone et les aider à rétablir les relations intergénérationnelles enracinées dans leur propre culture »</em>  <em> (description de l’ONG sur leur site internet). </em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’expérience unique d’HERAKUT, l’engagement d’A.R.T, la communauté d’artistes de Beddawi, tous ces exemples convergent vers un seul et même but : alléger le quotidien de ces réfugiés. Farder leurs rues pour égayer leur passage, leur faire pratiquer l’art pour décharger leur colère et rancœurs ou bien se souvenir, tout simplement, de leur culture natale. Car le costume d’exilé est lourd à porter comme l’écrivait Joachim Du Bellay dans <em>Les Regrets</em></p>
<p><strong><em>« Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,<br />
Qui m&rsquo;est une province, et beaucoup davantage ? »</em></strong></p>
<p>Revoir un jour l’«Heimat», le foyer natal, tel est le souhait le plus cher d’un réfugié, qui à travers un tableau, une danse folklorique, un chant traditionnel… conserve avec lui une partie de son pays.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> http://creative.arte.tv/fr/episode/herakut-en-jordanie-du-street-art-dans-le-camp-de-refugies-de-zaatari</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> A partir de l’étude d’Amanda S. A. Dias, «Des artistes au camp de Beddawi », Cultures &amp; Conflits, 68 | 2007, 149-164.</p>
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		<title>Les violences invisibles</title>
		<link>http://grandsformats.radio-londres.fr/2016/10/13/violences-invisibles/</link>
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		<pubDate>Wed, 12 Oct 2016 23:08:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Renaud Descamps]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[société]]></category>
		<category><![CDATA[témoignages]]></category>
		<category><![CDATA[viol]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>&#160; Ils sont beaux, jeunes et viennent de familles aisées. Ils font partie de cette jeunesse privilégiée qui poursuit de brillantes études. Pourtant, dans les yeux de ces quatre filles et de ce garçon, un éclat typique de la jeunesse semble manquer. Outre un âge et un milieu social similaires, ces cinq personnes-là partagent un événement [&#8230;]</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Ils sont beaux, jeunes et viennent de familles aisées. Ils font partie de cette jeunesse privilégiée qui poursuit de brillantes études. Pourtant, dans les yeux de ces quatre filles et de ce garçon, un éclat typique de la jeunesse semble manquer. </strong><strong>Outre un âge et un milieu social similaires, ces cinq personnes-là partagent un événement commun mais unique. Ils parlent « d&rsquo;incident », « d&rsquo;accident » et « d&rsquo;expérience ». Ils évitent la plupart du temps sciemment le mot de « viol », tant ce qu&rsquo;ils ont vécu s&rsquo;éloigne de la fausse image du viol dans un lieu lugubre et abandonné. </strong></p>
<hr />
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Méthodologie&nbsp;&raquo; d&rsquo;un article</p></blockquote>
<p>Il aura fallu presque huit mois. Huit mois de questions, d&rsquo;échanges et d&rsquo;enregistrements pour obtenir ces témoignages. Ce laps de temps est à la fois très long – près d&rsquo;un an –, mais reste très court pour dévoiler des blessures aussi intimes. Il aura fallu un énorme travail personnel, une grande souffrance, une gigantesque confiance pour que Lucile*, Martin*, Anaïs*, Esther* et Juliette* parlent avec une grande liberté d&rsquo;un sujet qui reste tabou dans une société hyper-sexualisée.</p>
<p>Il ne sera pas tant question de qui, de où, ni de comment ; mais bien de <em>quoi</em>. De la difficulté d&rsquo;apposer les quatre lettres du mot « viol » sur des souvenirs, parfois diffus et souvent confus, mais qui continuent à faire ressurgir une honte irrationnelle.</p>
<p>Un rapide rappel de quelques éléments factuels. 75 000 femmes seraient violées chaque année, seulement 10% de ces femmes déposeraient plainte. 1 femme sur 10 serait donc victime de viol au cours de sa vie en France. Le viol n&rsquo;est considéré comme un crime que depuis 36 ans. Dans plus de 80% des cas, la victime connait son violeur, la moitié des viols sont commis par un membre de la famille, un tiers par le conjoint. Près de 65% des victimes sont mineures.</p>
<p>Le viol n&rsquo;est donc pas, dans l&rsquo;immense majorité des cas, un acte commis par un étranger dans un lieu désert tard dans la nuit. Il est, dans leurs cas, l&rsquo;action de proches : petits-amis, parents, amis d&rsquo;enfance. Ces cinq-là ont aussi vécu la difficile tâche qui a été de qualifier ce qu&rsquo;ils ont subi, de devoir mettre un mot sur ces violences invisibles qu&rsquo;ils ont parfois mis des années à comprendre.</p>
<blockquote><p>Le rapport au corps</p></blockquote>
<div id="attachment_18891" style="width: 360px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/09/Lucile-23.jpeg"><img class="wp-image-18891" src="http://radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/09/Lucile-23-1024x842.jpeg" alt="Dessin de Lucile" width="350" height="288" /></a><p class="wp-caption-text">Lucile.</p></div>
<p><em>Lucile</em> : « Depuis <em>l&rsquo;incident</em>, je n&rsquo;ai plus jamais eu la sensation que mon corps m&rsquo;appartenait. J&rsquo;ai comme la sensation qu&rsquo;il ne m&rsquo;appartient plus, qu&rsquo;il n&rsquo;est plus qu&rsquo;un truc que l&rsquo;on m&rsquo;a prêté. C&rsquo;est difficile à concevoir, mais lorsqu&rsquo;on me touche le sein, lorsqu&rsquo;on colle sa main sur mon sexe, je pense systématiquement à Marc*. Je ne ressens rien, je ne peux pas me laisser aller, je me dis juste “Marc ne serait pas content”. Par ce qu&rsquo;il a fait, il a séparé mon corps de ce que je suis, pour le récupérer. Comme si j&rsquo;étais apatride, coincée dans le territoire de mon corps sans que je ne puisse rien y faire. »</p>
<p><em>Juliette</em> : « J&rsquo;ai peur qu&rsquo;on me touche. Je me déteste nue. Je me déteste car ce mec, celui qui m&rsquo;a violée, a laissé une cicatrice au niveau de mon téton droit dont je n&rsquo;arrive pas à me défaire. Et lorsque l&rsquo;on voit mes seins, on me renvoie toujours à cette trace, on me demande ce qu&rsquo;il s&rsquo;est passé, pourquoi j&rsquo;ai ça. Et je ne peux pas répondre. J&rsquo;ai envie, j&rsquo;ai envie d&rsquo;expliquer que j&rsquo;ai été victime d&rsquo;un viol, et que j&rsquo;étais tellement soûle que je n&rsquo;avais pas remarqué que mon violeur m&rsquo;avait mordu le téton, au point d&rsquo;y laisser une marque. Mais je n&rsquo;y arrive pas. Du coup, chaque question sur cette cicatrice me renvoie à mon violeur. Mes seins, c&rsquo;est le souvenir indélébile de mon viol. »</p>
<blockquote><p>La possibilité d&rsquo;une sexualité</p></blockquote>
<div id="attachment_684" style="width: 930px" class="wp-caption alignnone"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/anais.jpeg"><img class="wp-image-684 size-large" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/anais-1024x986.jpeg" alt="anais" width="920" height="886" /></a><p class="wp-caption-text">Anaïs.</p></div>
<p><em>Anaïs</em> : « J&rsquo;aimerais bien être comme ces gens qui ont une posture désinvolte vis-à-vis du sexe, qui se disent “vas-y, c&rsquo;est qu&rsquo;un petit coup de bite”. Mais pour moi, c&rsquo;est devenu plus que ça. Je suis obligé de rendre un acte tout con, banal, en un acte intellectuel, à réfléchir à comment je vais pouvoir contrôler ce qu&rsquo;il va se passer, à penser à comment – si je ne veux plus au bout d&rsquo;un moment – je pourrais partir. Il arrive parfois que j&rsquo;ai du plaisir ; mais dans ces rares cas, j&rsquo;ai peur. J&rsquo;ai honte d&rsquo;aimer ça. Alors une fois que le mec est reparti, je gratte mon pubis jusqu&rsquo;au sang. Faut que ça soit douloureux. Ça va paraître dingue, mais j&rsquo;ai besoin que ça fasse mal ensuite. Le plaisir sexuel doit être obligatoirement suivi d&rsquo;une douleur physique sinon, il y a un truc qui ne va pas. Faut qu&rsquo;il y ait contrepartie. »</p>
<p><em>Esther </em>: « Quand j&rsquo;ai raconté à ma meilleure amie ce qu&rsquo;il était arrivé avec mon père, j&rsquo;ai le souvenir qu&rsquo;elle m&rsquo;ait dit qu&rsquo;il fallait faire comme pour le cheval et se remettre en selle d&rsquo;office. Elle n&rsquo;avait pas bien saisi l&rsquo;ampleur du truc, mais je l&rsquo;ai écoutée, elle m&rsquo;a persuadée. Du coup, j&rsquo;ai couché énormément, et au lycée j&rsquo;entendais qu&rsquo;on me traitait de salope et qu&rsquo;on disait qu&rsquo;il ne faudrait pas s&rsquo;étonner si un jour je me faisais violer&#8230; Et dans ma tête, je pensais, “mais quels cons, s&rsquo;ils savaient”&#8230; »</p>
<p><em>Lucile</em> : « Pour ne pas revivre tout ça, pour ne pas avoir à me sentir contrainte à nouveau, je suis devenue consentante par défaut. J&rsquo;ai toujours dit “oui”, pour ne pas subir le fait de dire “non” à un mec mais qu&rsquo;il le fasse quand même. »</p>
<blockquote><p>Expliquer : le cadre familial</p></blockquote>
<p><em>Martin </em>: « Je l&rsquo;ai dit un soir pendant une dispute. J&rsquo;ai crié, je pense que c&rsquo;est la seule fois de ma vie. J&rsquo;en veux toujours énormément à mes parents de n&rsquo;avoir rien vu, de ne pas avoir compris. Moins à mes frères et soeurs qui étaient déjà partis de la maison ou moins en mesure de comprendre. Je leur en veux parce qu&rsquo;il y a eu des signes, parce que ça a duré deux ans, que j&rsquo;étais petit et que je réagissais. Je faisais des trucs bizarres et mes parents ne se sont jamais posés de question. Je l&rsquo;ai dit à mes frères et soeurs ensuite. Je n&rsquo;en ai plus jamais parlé avec eux après. »</p>
<p><em>Anaïs </em>: « Quand j&rsquo;ai expliqué à ma mère que j&rsquo;avais dit non à Pierre*, qui était mon petit-ami à l&rsquo;époque, et qu&rsquo;il m&rsquo;avait quand même forcée, elle a réagi comme si j&rsquo;étais en tort. Elle m&rsquo;a dit qu&rsquo;il fallait assouvir le besoin des hommes, qu&rsquo;il fallait pas que je minaude, que c&rsquo;était mon copain et donc que je <em>devais</em> accepter. Elle a nié mon viol. Là, j&rsquo;ai réalisé l&rsquo;horreur. J&rsquo;ai compris que, elle aussi, elle avait vécu ça. J&rsquo;ai fait un constat horrible : il est possible que moi ou l&rsquo;un de mes frères, nous ne soyons pas le fruit de l&rsquo;amour de nos parents, mais d&rsquo;un viol conjugal. »</p>
<blockquote><p>Garder la sensation, s&rsquo;enchainer aux souvenirs</p></blockquote>
<p><em>Esther </em>: « J&rsquo;étais jeune, j&rsquo;avais quoi, 6, allez 7 ans quand mon père m&rsquo;a fait ça. Il avait mis du Barbara, et avec le recul, je me rends compte que c&rsquo;était un peu une ironie cruelle. Je me suis demandé en grandissant s&rsquo;il avait été suffisamment pervers pour le faire consciemment. En tout cas, il m&rsquo;a privé, entre autres choses de Barbara. J&rsquo;ai toujours du mal à l&rsquo;écouter, je pleure irrationnellement. »</p>
<p><em>Martin </em>: « Je me rappelle du parfum qu&rsquo;il portait et des noeuds dans le bois des lattes, sous son lit. J&rsquo;étais petit, tout petit et ça a beau avoir duré deux ans, je pense avoir occulté le reste. »</p>
<blockquote><p>Mettre les mots sur des choses</p></blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_685" style="width: 930px" class="wp-caption alignnone"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/juliette.jpeg"><img class="size-large wp-image-685" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/juliette-1024x724.jpeg" alt="Juliette." width="920" height="650" /></a><p class="wp-caption-text">Juliette.</p></div>
<p><em>Juliette </em>: « En soirée, un ami d&rsquo;un de mes meilleurs potes voulait coucher avec moi. Il s&rsquo;est dit qu&rsquo;en me soûlant la gueule, ça serait facile. Il a trop bien réussi son coup ; ivre morte, je n&rsquo;ai pas pu lui dire non. Ni oui d&rsquo;ailleurs. Je n&rsquo;ai pas pu non plus sentir ses dents arracher un morceau de la peau de mes seins. »</p>
<p><em>Lucile</em> : « J&rsquo;ai dû mettre un an avant de réellement comprendre. Pour moi, un viol ne pouvait pas se dérouler sans violence. Je ne vais pas dire que ça a tenu de l&rsquo;illumination divine, mais un jour, j&rsquo;ai su. Je discutais avec une pote, je lui expliquais que parfois Marc était trop insistant, que parfois il le faisait pendant que je dormais ou qu&rsquo;il attendait que je sois trop soûle. Je riais de ces “pulsions” qu&rsquo;ont les mecs. Elle m&rsquo;a regardée, sidérée. Elle m&rsquo;a demandé : “Et si un inconnu te faisait ça, tu considérerais ça comme un viol non ?”, j&rsquo;ai dit “oui”, elle a alors répondu : “Alors que ce soit un inconnu ou Marc, ça ne change rien. C&rsquo;est pas la personne le problème, c&rsquo;est ce que cette personne te fait. Tu es violée.” Ça a été dur, car Marc m&rsquo;aimait et pour moi c&rsquo;était impossible qu&rsquo;une contrainte ne soit pas exercée avec violence. Je n&rsquo;avais juste pas réalisé qu&rsquo;il n&rsquo;usait pas de violence physique, mais bien qu&rsquo;il me contraignait psychologiquement. »</p>
<p><em>Martin </em>: « Au collège, j&rsquo;avais des flashbacks de cette période. J&rsquo;avais imaginé que c&rsquo;était des faux-souvenirs ou mon imagination débordante. Puis j&rsquo;ai réfléchi. Je me suis rendu compte qu&rsquo;il y avait des choses qui rendait l&rsquo;éventualité du viol tangible : des questionnements trop rapides, des gestes inappropriés, des comportements trop “matures”, même si le terme n&rsquo;est pas forcément le bon. Après, il y a tout un questionnement qui se met en branle : j&rsquo;étais consentant, je n&rsquo;ai jamais dit non, peut-être même que j&rsquo;aimais bien. Mais ça vient s&rsquo;exploser comme le mur du bon sens. À 5 ans, la notion de consentement n&rsquo;existe pas ; à 5 ans, on ne sait pas ce qu&rsquo;on nous fait faire ; à 5 ans, on n&rsquo;a pas conscience. Pour pouvoir vivre, j&rsquo;ai dû inscrire ça dans une sorte de dessein du monde, je me suis dit qu&rsquo;il devait y avoir une raison et que ça m&rsquo;avait forcément apporté quelque chose. »</p>
<p><em>Anaïs </em>: « Avant ce qui m&rsquo;est arrivé, le viol entre conjoints était un mythe pour moi, on est censés être amoureux et faire ça dès que l&rsquo;occasion se présente. Une fois, je n&rsquo;ai pas voulu avec Pierre, il m&rsquo;a tenu les mains, m&rsquo;a dit qu&rsquo;il aimait quand je faisais la rebelle et que maintenant j&rsquo;allais être sa soumise. Il a pris mon “non” pour une invitation à un jeu érotique. J&rsquo;ai vomi après. Mon corps a su que c&rsquo;était un viol. »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>*Les prénoms ont été changés à la demande des personnes concernées.</p>
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