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	<title>Radio Londres &#187; Mexique</title>
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	<description>Un coup de jeune sur l&#039;info</description>
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		<title>Donald Trump président : tour du monde des réactions</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Dec 2016 05:29:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Camille Schmitt, Léo Bernard, Lucie Barras, Marion Lefèvre, Mélissa Pollet-Villard et Pamela Bazan]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Monde]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p><strong>9 novembre 2016. Défiant tous les pronostics, sondagiers ou journalistiques, Donald Trump est élu 45e président des États-Unis. Nous avons cherché à savoir quelles réactions son élection suscitait à travers le monde. Témoignages d&rsquo;anonymes en Argentine, au Viêt Nam, en Colombie, au Mexique, au Liban et au Canada.</strong></p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
<blockquote><p>Argentine : « <em>Élire une femme, c’en aurait été trop pour eux »</em></p></blockquote>
<p>L’élection de Donald Trump a été une surprise, voire un électrochoc dans le monde. J’ai suivi l’élection en direct d’Argentine et la douche froide a été instantanée. Quelques semaines plus tard, j’ai interrogé les Argentins pour connaître leur point de vue quant à cette élection au pays des <em>Yanquis</em> [Yankees], comme ils aiment à les appeler.</p>
<div id="attachment_710" style="width: 930px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/MiguelAvila.jpg"><img class="size-large wp-image-710" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/MiguelAvila-1024x683.jpg" alt="Miguel Avila  (© Mélissa Pollet-Villard) " width="920" height="614" /></a><p class="wp-caption-text">Miguel Avila (© Mélissa Pollet-Villard)</p></div>
<p>Miguel Avila est le directeur de la Librairie d’Avila, l’une des plus vieilles du monde. Cet intellectuel et homme de lettre nous accueille dans son bureau pour partager son point de vue sur la question. Pour lui, l’élection de Donald Trump n’est autre que la suite logique d’éléments s’étant enchaînés les uns après les autres et ayant conduit à se résultat. Il estime que Donald Trump, à lui seul, ne va rien changer et n’hésite pas à se remémorer l’histoire des <em>gringos</em>, en affirmant que <em>« tous les présidents des États-Unis ont plus ou moins reproduits les mêmes choses. Ils se sont toujours imposés au monde, que ce soit au Viêtnam ou au Moyen Orient. Le seul qui a voulu changer la donne, c’était Kennedy. Et il s’est fait assassiner. »</em> Selon Miguel, le président des États-Unis n’a que peu d’influence directe sur son pays et sur le reste du monde et que le choix des Américains en faveur de tel ou tel candidat <em>« n’aurait rien changé »</em>. <em>« Les vrais influents du monde sont les banques, les institutions et les grandes entreprises, ce sont elles qui décident des règles du jeu mondiales »</em>, complète-t-il. <em>« Ils contrôlent tout, comme les Espagnols l’ont fait lorsqu’ils sont arrivés en Amérique »</em>, conclue-t-il, non sans un brin de malice dans le regard.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_708" style="width: 930px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/Estudiantes.jpg"><img class="size-large wp-image-708" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/Estudiantes-1024x683.jpg" alt="Ignacio, Olivia et Sergio (© Mélissa Pollet-Villard) " width="920" height="614" /></a><p class="wp-caption-text">Ignacio, Olivia et Sergio (© Mélissa Pollet-Villard)</p></div>
<p>Ignacio, Olivia et Sergio sont tous trois étudiants en cinéma. Lorsque je les rencontre à la sortie des cours, je les questionne sur le même sujet. Ils sourient timidement, m’avouant avoir peur d’avoir une réponse trop évasive. <em>« Je ne pourrais pas dire en profondeur ce que l’élection de Donald Trump pourrait avoir comme impact, si ce n’est que je pense que c’est un homme dangereux, notamment en ce qui concerne son projet de mur entre les États-Unis et le Mexique »</em>, me confie Ignacio. Alors que je les encourage à me livrer plus de détails sur leur point de vue, Sergio prend la parole et ajoute que pour lui, le problème est une <em>« conséquence économique d’une situation globale »</em>, tout en confirmant que le choix des électeurs américains l’a surpris : <em>« c’est un homme raciste et misogyne »</em>. Olivia quant à elle écoute d’une oreille distraite mais conclue tout de même qu’elle <em>« ne pense pas que l’élection de Trump ait un impact direct sur l’Argentine »</em>. Ses deux compagnons restent sceptiques et ajoutent qu’il faudra attendre quelques mois afin de constater <em>« l’effet Trump »</em> sur leur pays et dans le monde.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_709" style="width: 930px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/RobertoMoreno.jpg"><img class="size-large wp-image-709" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/RobertoMoreno-1024x683.jpg" alt="Roberto Moreno (© Mélissa Pollet-Villard) " width="920" height="614" /></a><p class="wp-caption-text">Roberto Moreno (© Mélissa Pollet-Villard)</p></div>
<p>Roberto Victor Moreno est professeur universitaire et fonctionnaire au sein du ministère de la Santé. Il a également déjà travaillé au sein des ministères de l’Économie et de l’Intérieur. Il affirme s’intéresser depuis toujours à la politique et me livre, chez lui, autour d’un maté, sa réaction suite à l’élection de Donald Trump. <em>« Je doit bien avouer que je n’ai pas cru une seule seconde qu’Hillary Clinton serait élue. Les Américains sont misogynes. Élire une femme, c’en aurait été trop pour eux (après le mandat d’un président noir). Mais avant tout, je crois que son élection est due à une conséquence de nombreux faits qui se sont enchaînés dans le monde, à commencer par la crise économique »</em>. Roberto ajoute qu’il pense que cette élection est <em>« le fruit d’un phénomène global et que le peuple américain recherche, comme au sein de nombreux autres pays</em> [dont l’Argentine]<em>, un gouvernement nationaliste, populiste et protectionniste. Ils ont peur pour leur argent »</em>. Lui non plus ne pense pas que Trump – l’homme – ne soit capable de grandes transformations au sein des États-Unis, ni du monde. Et quand je lui demande ce qu’il pense des rumeurs laissant supposer que Donald Trump et Mauricio Macri (l’actuel président argentin) aient déjà convenu d’un accord de construction d’une tour d’affaires en plein centre de Buenos Aires, Roberto n’a pour réaction qu’un éclat de rire (jaune), laissant présupposer sa réponse…</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;">Mélissa POLLET-VILLARD, à Buenos Aires</p>
<p>&nbsp;</p>
<blockquote><p>Viêt Nam : « On verra, du moment qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;impact négatif sur notre économie »</p></blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>La réaction pragmatique, voire banale, des vietnamiens vis-à-vis de la victoire de Donald Trump contraste fortement avec la réaction de la plupart des pays occidentaux.</p>
<p>Les Vietnamiens ont toujours été un peuple pragmatique, ne jouant pas forcement sur le registre des émotions mais plus sur celui de la réalité et des faits. C’est donc avec une certaine logique que les Vietnamiens interrogés sur le résultat de l’élection présidentielle ne se disent pas choqués : en réalité, l’évènement Trump en lui-même est pour eux un non-évènement. Le processus, la personnification de l’élection et les polémiques ne sont pas leurs principales préoccupations. Beaucoup de personnes interrogées déclarent ne pas s’intéresser à la politique, ce qui ne les empêche toutefois pas d’avoir une bonne analyse de la situation.</p>
<p><strong>L’attente</strong></p>
<p>Le sentiment qui domine ici est plus l’attente. Trung, conducteur de taxi de 44 ans, résume bien la situation de la sorte : <em>« Avec Clinton, cela aurait été la même chose qu&rsquo;avec Obama, mais avec Trump, ce sera une suprise. »</em> La réaction est partagée par de nombreuses autres personnes. Une victoire de Clinton se serait inscrit dans la continuité et donc aurait permis le maintien du <em>statu quo</em>. En revanche, la victoire de Trump va bouleverser la politique économique et internationale des États-Unis et c’est cela le sujet qui préoccupe le plus les Vietnamiens.</p>
<p><strong>Un impact sur l’économie ?</strong></p>
<p>L’un des exemples est la présence d’universités américaines sur le territoire et la victoire d’Hillary, encore une fois aurait permis la conservation du même élan : <em>« J&rsquo;aime beaucoup la relation économique que nous avons avec les États-Unis, particulièrement les universités que nous avons ici »</em>, nous dit Tao, étudiante de 22 ans. De plus en plus de Vietnamiens poursuivent en effet leurs études dans des universités internationales, souvent dans leur pays mais parfois à l’étranger.</p>
<p>D’un point de vue purement économique, les États-Unis jouent un rôle de plus en plus crucial dans le développement du Vietnam. Après la reprise des liens diplomatiques, de nombreux partenariats sont mis en place pour favoriser l’installation d’entreprises américaines sur place. C’est pourquoi certains Vietnamiens comme Duc, ingénieur de 26 ans sont inquiets de l’impact économique qui pourrait se produire : <em>« Trump pourrait menacer le TPP (Trans-Pacific Partnership Agreement) et sans doute notre politique d&rsquo;exportation. »</em></p>
<div id="attachment_711" style="width: 778px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/tien-graphic-design.jpg"><img class="size-large wp-image-711" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/tien-graphic-design-768x1024.jpg" alt="Tien, graphic designer (© Léo Bernard)" width="768" height="1024" /></a><p class="wp-caption-text">Tien, graphic designer (© Léo Bernard)</p></div>
<p>Toutefois, beaucoup sont optimistes comme Tien, graphic designer de 27 ans : <em>« L&rsquo;élection peut nous toucher de deux façons : d&rsquo;une part, cela rendra sans doute l&rsquo;immigration vers les États-Unis plus difficile, mais d&rsquo;un autre côté, parce que Trump est un businessman, cela pourrait être une bonne nouvelle d&rsquo;un point de vue économique. »</em> ; ou bien comme Kong, développeur informatique de 24 ans : <em>« Je pense que c&rsquo;est bien parce qu&rsquo;il est dans les affaires et que nous avons besoin de cela. Pour moi, son élection signifie avant tout plus de choix concernant les entreprises avec lesquelles on travaille et, je l&rsquo;espère, de meilleurs salaires. »</em></p>
<p><strong>Le président Trump</strong></p>
<p>Concernant la personnalité de Trump, ses remarques racistes et sexistes, elles sont uniquement évoquées ar les femmes interrogées. C’est à la fois une déception comme pour Tien, qui affirme qu&rsquo;elle était<em> « triste quand il a gagné »</em>, mais aussi un rejet de son statut de président et de celui de sa femme. Tien ajoute : <em>« Je ne peux pas l&rsquo;imaginer président. La façon dont il traite les femmes et les minorités est dégoûtante. Je ne peux pas non plus imaginer sa femme, c&rsquo;est une mannequin et elle n&rsquo;a pas de diplôme. Michelle Obama faisait partie du peuple, mais ce n&rsquo;est visiblement pas le cas de Mme Trump. »</em></p>
<p>Pour autant, la crainte et le rejet ne sont pas dans l’ensemble aussi importants que dans les pays occidentaux. La réaction anti-Trump est plutôt vécue ici comme une déception, mais ce rejet est lui-même seulement abordé par des femmes, reflétant sans doute l’un des enjeux qui a fait pencher la balance au cours de cette élection américaine : le vote des femmes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;">Léo BERNARD, à Hô-Chi-Minh-Ville</p>
<blockquote><p>Mexique : « L<em>e Mexique doit repenser ses affaires étrangères</em> »</p></blockquote>
<p>Souvent teintés de résignation et de désillusion, les Mexicains semblent les premiers concernés par l&rsquo;élection de Donald Trump. Ramenant souvent l&rsquo;évènement à la politique de leur pays, trois d&rsquo;entre eux nous livrent leur ressenti.</p>
<div id="attachment_716" style="width: 930px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/Luis-e1481321860756.jpg"><img class="size-large wp-image-716" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/Luis-e1481321860756-1024x1024.jpg" alt="Luis (© Pamela Bazan)" width="920" height="920" /></a><p class="wp-caption-text">Luis, avocat (© Pamela Bazan)</p></div>
<p>Luis est avocat. Il se dit très intéressé par la politique internationale car <em>« on vit dans un monde globalisé et au Mexique, on ne peut pas ignorer ce qui se passe ailleurs dans la planète »</em>. Ceci est particulièrement important lorsqu’on parle des États-Unis, précise-t-il : <em>« On a des relations très importantes avec ce pays, elles sont cruciales pour notre économie »</em>. Luis n’a pas suivi de très près la campagne présidentielle de Donald Trump et Hillary Clinton, mais il considère que cette élection lui a permis d’analyser les campagnes politiques de son pays : <em>« Je crois que les campagnes des deux candidats ont été très pauvres, ils n’ont pas proposé beaucoup de choses et on a fait attention seulement aux attaques que l’un lançait contre l’autre. C’est la forme dont les campagnes électorales se déroulent ici au Mexique. »</em></p>
<p>Que dire du discours de Donald Trump, selon lequel les migrants mexicains sont des « violeurs et des criminels » ? <em>« Il parle sans connaître assez autour de ce sujet. Je crois qu’il ignore que la migration joue un rôle très important dans nos relations bilatérales. »</em> Quant aux propos obscènes envers les femmes, Luis dit que <em>« ces déclarations mettent en évidence sa vraie personnalité, c’est un homme qui ne connaît pas le respect. Il est quelqu’un de superficiel, de peu sérieux et d&rsquo;arrogant. »</em></p>
<p>Il évoque ensuite son ressenti le soir de l’élection : <em>« Quand j’ai vu que Trump était en tête, j’ai été déçu et désillusionné. Je crois que Clinton était une très bonne candidate, surtout parce qu’elle connaît très bien les liens de son pays avec le nôtre. »</em> Pour l’avocat, ce sont les électeurs indécis qui ont permis au républicain d’être élu.<em> « Je crois que finalement, les gens qui n’étaient pas certains de leur vote ont choisi Trump parce qu’ils ne sont plus satisfaits de la politique de Barack Obama. »</em> Luis considère que les propositions les plus polémiques de sa campagne, comme la construction d’un mur frontalier payé par le Mexique, ne sont qu’une stratégie de discours. <em>« Il se trouvera dans une situation complètement différente quand il assumera la présidence. »</em></p>
<p>Selon lui, le président mexicain a également pris une mauvaise décision en invitant Donald Trump à Mexico car <em>« à ce moment-là, il y avait une forte haine des Mexicains envers lui. Aussi, Enrique Peña Nieto aurait mieux fait de prendre une position plus ferme face à Trump et à propos de ses déclarations contre les Mexicains. »</em></p>
<p>Après la victoire de Donald Trump, <em>« le Mexique doit repenser ses affaires étrangères, surtout en ce qui concerne l’économie et la migration, même si ce dernier n’est pas un sujet nouveau pour aucun des deux pays »</em>, déclare-t-il. Trump devra-t-il faire marche arrière avec ses engagements de campagne maintenant qu’il sera président des États-Unis ? <em>« Bien sûr. Il oublie que toute mesure drastique peut aussi affecter les États-Unis, et non seulement le Mexique. »</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_717" style="width: 550px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/Fernando.jpg"><img class="size-full wp-image-717" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/Fernando.jpg" alt="Fernando (© Pamela Bazan)" width="540" height="723" /></a><p class="wp-caption-text">Fernando, étudiant en économie (© Pamela Bazan)</p></div>
<p>Fernando est étudiant en licence d’économie. Il est originaire de l’État du Chiapas, situé au sud du Mexique. Cet État est frontalier avec le Guatemala et constitue un des points de passage principaux de migrants en provenance d’Amérique centrale vers les États-Unis. Pour cette raison, il se dit particulièrement sensibilisé à ce sujet, les migrants ayant été une cible récurrente des déclarations de Trump pendant sa campagne. <em>« Je crois qu’il a fait une généralisation dangereuse en les qualifiant de criminels. La majorité d’entre eux ne veulent que trouver un emploi pour augmenter la qualité de leur vie et celle de leurs familles. Ils doivent faire face à beaucoup de difficultés pour y arriver. »</em></p>
<p>Concernant le président élu, <em>« il manque de personnalité »</em>, affirme Fernando. <em>« En utilisant un discours raciste et misogyne, c’est évident qu’il est incapable de diriger un pays comme les États-Unis. »</em> Il dit avoir suivi de très près la nuit électorale et il n’est pas resté indifférent à l’écart croissant entre les deux candidats. <em>« C’était intéressant et effrayant à la fois. Je voyais le peso se dévaluer à chaque État où Trump l&rsquo;emportait. Il y a eu un moment où j’ai cru que Clinton pouvait se relever, mais j’ai été surpris quand cela n’a pas été le cas. »</em></p>
<p>Pour cet étudiant, c’est le système électoral qui est derrière la victoire de Trump, car <em>« si on prend en compte le vote populaire, c’est la démocrate qui l’a emporté »</em>. Mais celui-ci n’est pas le seul facteur ayant nui à la candidate démocrate, selon Fernando : <em>« Il faut aussi que le scrutin se déroule le weekend, pour que plus de gens y participent. »</em> Il considère que les engagements de campagne du républicain, surtout la renégociation du traité de libre échange ou la sortie des États-Unis de cet accord ne répondent pas à une analyse prudente. <em>« Son orgueil le rend aveugle. Il ne se rend pas compte des possibles conséquences de ses décisions et il me semble qu’il ignore l’importance commerciale du Mexique pour les États-Unis. Toute modification à l’accord doit être soigneusement étudiée. »</em></p>
<p>Fernando trouve que l’invitation faite à Trump par le président Peña Nieto a été une décision prise à la légère, mais il ne nie pas son importance diplomatique. <em>« Je crois que le président devait avant tout s’assurer que les deux candidats acceptaient l’invitation, mais c’est vrai que Peña Nieto a pensé à cette visite comme une opportunité de dialogue autour du futur des relations bilatérales. C&rsquo;est vraiment très important pour tous les Mexicains. »</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_715" style="width: 930px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/Yesmin-e1481321796754.jpg"><img class="size-large wp-image-715" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/Yesmin-e1481321796754-1024x1024.jpg" alt="Yesmín (© Pamela Bazan)" width="920" height="920" /></a><p class="wp-caption-text">Yesmín, auto-entrepreneuse (© Pamela Bazan)</p></div>
<p>Yesmín est entrepreneuse. Elle dit sentir une forte antipathie envers Donald Trump. <em>« C’est quelqu’un d’immoral. Il a un complexe de supériorité. »</em> Cette femme, qui connaît très bien le monde des affaires, attribue la victoire du républicain à une stratégie de marché réussie. <em>« Trump est un homme d’affaires et c’est de cette façon dont il a agi en politique. Il a étudié chaque groupe de la population et en a repéré les besoins. » </em>Et d’ajouter : <em>« Il a cherché à créer des liens effectifs avec les électeurs, surtout avec des gens racistes, dans un pays où ce phénomène est déjà implanté dans la vie quotidienne. »</em></p>
<p>Mais pour Yesmín, ce ne sont pas ces capacités qui lui permettront de gouverner avec succès : <em>« Gérer une entreprise n’est pas la même chose que diriger un pays. »</em> Elle se sert d’un exemple pour le préciser. <em>« Au Mexique, nous avons eu Vicente Fox – ancien président de Coca-Cola au Mexique – comme président de la République, mais c’était son épouse, Marta Sahagún, qui tenait vraiment les rennes du pays. »</em></p>
<p>Comme la majorité des Mexicains, elle se dit surprise face au triomphe de Donald Trump. <em>« Je ne l’attendais pas, j&rsquo;étais vraiment très inquiète pour les Mexicains qui se trouvent aux États-Unis, je ne ressentais qu’une très grande incertitude. Tout le monde le sait, quoi qu’il arrive là-bas, les effets se font aussi sentir au Mexique. »</em> Elle désapprouve également avec fermeté la visite de Trump après l’invitation du président mexicain, de même que les interventions de Peña Nieto devant la presse, où il a affirmé que les déclarations du républicain à propos des Mexicains avaient subi de <em>« mauvaises interprétations »</em>.</p>
<p>Alors, quelle position le gouvernement mexicain doit-il assumer ? <em>« Le Mexique doit avoir un dirigeant qui ne permette pas aucune insulte envers ses citoyens. »</em></p>
<p style="text-align: right;">Pamela BAZAN, à Mexico</p>
<p>&nbsp;</p>
<blockquote><p>En Colombie, la diaspora sera la plus affectée</p></blockquote>
<div id="attachment_718" style="width: 930px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/15271693_10210532614010179_1991548361_o-2.jpg"><img class="size-large wp-image-718" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/15271693_10210532614010179_1991548361_o-2-1024x883.jpg" alt="Carthagène, ville portuaire du nord de la Colombie (© Lucie Barras)" width="920" height="793" /></a><p class="wp-caption-text">Carthagène, ville portuaire du nord de la Colombie (© Lucie Barras)</p></div>
<p>Le président colombien libéral Juan Manuel Santos, malgré un clair soutien à Hillary Clinton, a affirmé que les relations entre la Colombie et les États-Unis se feraient de plus en plus profondes, même après la victoire de Trump. Les deux pays entretiennent en effet des bonnes relations diplomatiques, basées en partie sur l&rsquo;ingérence de l&rsquo;Oncle Sam en Colombie en matière de lutte contre le narcotrafic et les guérillas marxistes, telles que les FARC.</p>
<p>Pour la population colombienne, qui attend une issue effective à une guerre civile qui semble ne plus en finir, l&rsquo;élection de Trump est secondaire, comme le fait remarquer Walter, dessinateur industriel de 30 ans vivant à quarante kilomètres de Bogota. <em>« Les Colombiens ont d&rsquo;autres choses en tête en ce moment. Et même pour les problèmes qui les concernent directement, ils ont montré par l&rsquo;abstention qu&rsquo;ils ne se sentent pas vraiment concernés »</em>, évoquant le plébiscite du 2 octobre dernier.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_720" style="width: 778px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/15292804_10210532613890176_1371346875_o-1.jpg"><img class="size-large wp-image-720" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/15292804_10210532613890176_1371346875_o-1-768x1024.jpg" alt="Walter, dessinateur (© Lucie Barras)" width="768" height="1024" /></a><p class="wp-caption-text">Walter, dessinateur (© Lucie Barras)</p></div>
<p>En réalité, les Colombiens les plus affectés par cette élection seront les 1,5 à 2 millions de Colombiens résidant aux États-Unis, notamment en Floride, en Illinois et à New-York, ainsi que leurs proches : <em>« il était déjà compliqué de visiter les États-Unis, ça va devenir tout bonnement impossible »</em>, lance Walter, ironique. Mais sinon, le jeune homme n&rsquo;envisage pas un changement radical de la situation. Et s&rsquo;il préférait Hillary Clinton <em>« notamment parce que c&rsquo;était une femme »</em>, le résultat est le même. <em>« Le président est une marionnette. Ce sera la même situation, en pire. Les États-Unis vont continuer à profiter de l&rsquo;extraction de nos ressources naturelles, à contrôler l&rsquo;aspect militaire à travers les bases qu&rsquo;ils ont ici, et l&rsquo;économie à travers la forte implantation de leurs entreprises. »</em></p>
<p>Pour Oscar, croisé à Carthagène, Trump n&rsquo;est définitivement pas <em>« la personne la plus adéquate pour diriger un pays aussi puissant que les États-Unis »</em>. Ce commercial de 33 ans se dit <em>« en colère »</em> par le résultat du scrutin, en particulier en raison de la « latinophobie » du nouveau président élu. <em>« Il n&rsquo;aime pas les Colombiens, et encore moins les Mexicains. Il a un problème avec les latinos parce que beaucoup d&rsquo;entre eux vont chercher du travail aux États-Unis. Je pense que cette élection va voir un impact négatif pour les communautés colombiennes établies aux États-Unis, et pour l&rsquo;Amérique Latine en général. Sa concurrente, au moins, était </em>clean<em>. »</em></p>
<div id="attachment_719" style="width: 778px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/15293479_10210532614330187_1473543075_o-1.jpg"><img class="size-large wp-image-719" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/15293479_10210532614330187_1473543075_o-1-768x1024.jpg" alt="German, commerçant (© Lucie Barras)" width="768" height="1024" /></a><p class="wp-caption-text">German, commerçant (© Lucie Barras)</p></div>
<p>German, commerçant et originaire de Carthagène également, explique qu&rsquo;il est sorti de ses gonds en apprenant « la nouvelle ». <em>« Ma réaction ? Fucking shit, I don&rsquo;t like it »</em>. Pour German, cette nouvelle aura des répercussion pour les Colombiens. <em>« Pas pour moi directement, mais pour les Colombiens en général, et surtout ceux qui se trouvent là-bas. S&rsquo;ils ne sont pas renvoyés en Colombie, les Colombiens ne pourront plus se rendre là-bas. En Colombie, ce sont les modifications des traités bilatéraux qui vont avoir un impact. »</em><br />
Pour lui, Clinton était la meilleure candidate <em>« car elle était une femme. Les femmes sont plus</em> correctes.<em> Mais il faudrait que les femmes elles-mêmes ne votent pas contre leurs intérêts. »</em> Idem pour tous les<em> « Cubains, Mexicains et latinos des États-Unis, qui ont voté pour Trump ! »</em>, s&rsquo;exclame -t-il.</p>
<p>Modification des relations bilatérales ou retour des Colombiens expatriés ne sont que des hypothèses pour le moment, dans un pays qui exporte la majorité de ses produits vers les États-Unis, comme le souligne German : <em>« Qu&rsquo;il respecte tous ses engagements, qu&rsquo;il fasse construire le mur et déporte 11 millions d&rsquo;immigrés comme il l&rsquo;a annoncé, on verra par la suite&#8230; »</em></p>
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<p style="text-align: right;">Lucie BARRAS, à Carthagène</p>
<blockquote><p>Trump, l’homme de la rupture au Moyen-Orient ?</p></blockquote>
<p>L’élection de Donald Trump à la Maison Blanche a amené son lot d’incertitudes. Malgré des indices laissés ici et là au fil de tweets et de propos défiant toute orthodoxie diplomatique, un gros point d’interrogation demeure sur sa politique étrangère, notamment celle qu’il entend mener au Moyen-Orient.</p>
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<div id="attachment_721" style="width: 930px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/Maya-Anaïs-Yataghène.jpg"><img class="size-large wp-image-721" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/Maya-Anaïs-Yataghène-1024x672.jpg" alt="Beyrouth (© Maya-Anaïs Yataghène)" width="920" height="604" /></a><p class="wp-caption-text">Beyrouth (© Maya-Anaïs Yataghène)</p></div>
<p><em>« Je n’étais certainement pas pour Trump, mais en y réfléchissant je n’étais pas pour Clinton non plus »,</em> affirme Leah, étudiante libanaise. Une indécision partagée par Marwan, ingénieur : <em>« Malgré tout ce que Trump a pu dire, il n’y aura pas de changements radicaux dans la politique américaine vis-à-vis du Moyen-Orient. Mais au moins, avec Trump, on a un nouvel interlocuteur. »</em> Selon lui, rien ne peut prouver que l’élection d’Hillary Clinton, sur le plan extérieur, aurait été préférable à celle de M. Trump. L’arrivée du magnat de l’immobilier à la Maison Blanche pourrait même renouveler l’élite au pouvoir, une élite moins expérimentée politiquement : l’occasion pour les pays du Golfe de renégocier les partenariats diplomatiques à leur avantage, de replacer leurs pions sur l’échiquier. Cette renégociation aurait été impossible avec une Clinton présidente, car son passé en tant que secrétaire d’État (de 2009 à 2013) la tient pieds et poings liés, l’obligeant à une certaine cohérence vis-à-vis de ses positions passées.</p>
<p><em>« Jusqu’ici la politique étrangère des États-Unis a toujours été tournées vers les intérêts israéliens »</em>, explique Leah, mais Donald Trump ayant montré pendant la campagne une certaine neutralité vis-à-vis de la région, elle espère <em>« qu’il pourra changer cette tendance »</em>. Même si les grandes lignes de la politique étrangère des États-Unis ne vont sûrement pas changer, <em>« plusieurs élites arabes (…) voient d&rsquo;un bon œil cette rupture avec les politiques d&rsquo;Obama, jugées catastrophiques, n&rsquo;ayant ni mis fin au conflit syrien ni avancé au niveau de la lutte contre le terrorisme »</em>, précise Sami Nader, analyste politique, selon des propos recueillis par L’Orient-Le Jour.</p>
<p>Car c’est notamment sur le dossier syrien que le nouveau président élu est attendu au tournant. <em>« À en juger par les déclarations (…) du président Vladimir Poutine, les russes semblent optimistes de trouver un terrain d&rsquo;entente avec le nouveau président (Trump). Ce qui peut augurer d&rsquo;une certaine avancée dans le dossier syrien »</em>, déclare à L’Orient-Le Jour Élias Abou Assi, secrétaire général du Parti national libéral. Donald Trump s’est d’ailleurs contenté de remarquer que le président syrien Bachar al-Assad n’était pas une personnalité recommandable, mais qu’aux côtés de la Russie, il combattait le terrorisme. Une rhétorique bien différente de celle adoptée jusqu’ici par Washington. <em>« Trump place en priorité absolue la lutte contre le terrorisme, en Syrie et ailleurs »</em>, explique Leah. Et les propos isolationnistes du nouveau président américain ne trompent personne. <em>« Les États-Unis ne peuvent de toute manière pas exister en étant repliés sur eux-mêmes »</em>, dit Marwan.</p>
<p>En parallèle, au Liban, l&rsquo;élection présidentielle suscite également des espoirs sur l’avancée de la question syrienne. Ce 31 octobre dernier, Michel Aoun, ex-général chrétien allié du Hezbollah chiite, est élu président de la République libanaise. S’alliant au parti sunnite afin d’obtenir le nombre de voix nécessaires au Parlement, il s’est ainsi engagé à nommer Saad Hariri, chef de file des sunnites, Premier ministre du nouveau gouvernement libanais. Une alliance entre chrétiens, sunnites et chiites au Liban qui laisserait entrevoir la possibilité d’un accord sur la position à adopter face au conflit syrien, dans ce pays considéré comme première ligne de front dans la lutte contre le djihadisme.</p>
<p>Ainsi, avec d’un côté le rapprochement russo-américain, et de l’autre un compromis gouvernemental au Liban, <em>« c’est peut-être l’occasion d’une issue au conflit syrien »</em>, espère Leah. <em>« De toute manière, des deux côtés, on ne peut plus supporter les coûts qu’impliquent ce conflit »</em>, ajoute Marwan. Selon lui, les pays ne peuvent plus suivre le rythme des sommes investies dans le conflit et les différents partis vont jouer la carte du réalisme.<em> « Je m&rsquo;attends à ce que ce président (Trump) soit pragmatique, étant avant tout un homme d&rsquo;affaires »</em>, confirme Sami Nader.</p>
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<p style="text-align: right;">Camille SCHMITT, à Beyrouth</p>
<blockquote>
<p style="text-align: center;">Un mois après l’élection, le Canada se raconte</p>
</blockquote>
<p>À l’image d’un grand nombre de pays, le Canada était sous le choc le soir de l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis. Les mots les plus utilisés par les Canadiens sur les réseaux sociaux étaient « déçu », « choqué », « dégoûté ». Des adjectifs qui dépeignent une image uniformément anti-Trump. Pourtant, 13% des Canadiens auraient voté pour Donald Trump à l&rsquo;élection américain s’ils y avaient été éligibles… Radio Londres a rencontré deux Canadiens, deux Québécois, dont les vues s’opposent au sujet du futur président. Loin de représenter la variété d’un pays si étendu qu’il baigne dans deux océans différents, ces deux portraits invitent pourtant à repenser le stéréotype selon lequel le Canada est le pays où le libéralisme économique et social règne en maître.</p>
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<div id="attachment_724" style="width: 910px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/15401322_1219847298075410_2106030835_n.jpg"><img class="wp-image-724 size-full" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/15401322_1219847298075410_2106030835_n.jpg" alt="15401322_1219847298075410_2106030835_n" width="900" height="676" /></a><p class="wp-caption-text">Louis-François Perry, étudiant en sociologie à l’Université du Québec à Montréal (© Marion Lefèvre)</p></div>
<p>Louis-François a, comme la majorité des Canadiens, suivi l&rsquo;élection américaine. Passionné de sociologie et engagé à « La Riposte socialiste », un groupe socialiste universitaire, il éprouve un intérêt tout particulier pour la politique américaine. Pour autant, le résultat l’a surpris. <em>« On le voyait venir pendant la soirée même, mais bon… Malgré tous les espoirs qu’on plaçait en Obama en ce qui concerne notamment le racisme et la question sociale en générale, ce rêve est mort. »</em> Pour lui, c’est la classe ouvrière qui s’est retrouvée <em>« tannée »</em> du <em>statu quo</em> et des politiques néo-libérales du gouvernement américain.</p>
<p>Il hésite un peu, choisi ses mots avec précision. <em>« J’ai passé la soirée avec ma gang et une bière. Certains avaient une analyse assez… simpliste, et ne l’avaient vraiment pas vu venir. »</em> Il rit, un peu gêné. <em>« Le premier truc que les gens disaient, c’était que les Américains ne sont “quand même pas assez stupides pour élire ce gars-là”… »</em>. La victoire de Trump, il l’attribue à un « élément de classe ». <em>« J’imagine que [les mesures protectionnistes du programme de Trump], ça parlait à des gens qui ont perdu leur emploi à cause de coupures visant à exploiter d’autres gens ailleurs… »</em></p>
<p>Louis-François ne cache pas sa position socialiste, et le rôle de la classe sociale est pour lui primordial dans cette élection. <em>« Depuis l’anti-communisme du 20e siècle qui a perverti la société américaine et surtout la classe ouvrière, ce sentiment s’est transmis de génération en génération. »</em> Il ajoute que la société lui paraît un peu plus ouverte aujourd’hui. <em>« Les jeunes sont plus féconds aux idées socialistes ; d’ailleurs, « socialisme » était l’un des mots les plus cherchés par les Américains pendant la campagne »</em>, semble-t-il se réjouir. <em>« Il faut commencer avec eux et déconstruire les mythes attachés à la gauche, essayer d’apprendre des leçons d’exemples comme mai 68 ou la grève générale de 1972 au Québec. »</em></p>
<p>Selon <em>Montreal Gazette</em>, un quotidien montréalais, le Canada n’est pas épargné par la vague populiste qui a précédé l’élection en Europe et qui a conduit Trump à la Maison Blanche. Au Québec, 20 à 25 groupes comprenant chacun entre 15 et 100 membres ont été identifiés comme des groupes d’extrême-droite visant les communautés aborigènes, juives, immigrantes, musulmanes et LGBTQ.</p>
<p><em>« Une montée de la droite dure peut tout à fait arriver au Canada, bien sûr »</em>, s’exclame Louis-François. Il estime que le Québec pourrait être « touché » d’ici cinq ou dix ans, peut-être moins. <em>« Si on continue avec des mesures d’austérité, qu’on met moins d’argent dans l’éducation et la santé, on va contribuer à la radicalisation »</em>, conclut-il. Ce qu’il ressent envers Trump et son programme ? <em>« Du dégoût »</em>, essentiellement. <em>« Ça fait peur, je n&rsquo;aimerais pas être musulman – ou pire, une femme musulmane – en ce moment aux États-Unis »</em>. Il reconnaît qu’il ne peut pas se glisser dans leur peau, mais que <em>« n’importe quelle minorité ne doit pas être à l’aise »</em>. <em>« Rôdent autour de Trump beaucoup de personnalités qui sont homophobes et réactionnaires »</em>, grimace-t-il.</p>
<p>On en arrive à la plaisanterie récurrente depuis l’élection : le bug technique du site d’Immigration Canada pendant la soirée électorale, dû à un trop grand nombre de connexions simultanées. Louis-François sourit et nous assure qu’ils conseilleraient aux Américains qui voudraient immigrer de <em>« rester chez eux, de travailler à améliorer leurs conditions de vie et de préparer une offensive sociale contre le programme de Trump »</em>. Il faut pour lui ne pas hésiter à <em>« descendre dans la rue, manifester, préparer un programme de riposte socialiste »</em>. L’esprit de solidarité avec le peuple américain – et plus particulièrement avec la classe moyenne – est clef, souligne-t-il.</p>
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<div id="attachment_725" style="width: 910px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/15357072_1219847291408744_614556621_n.jpg"><img class="size-full wp-image-725" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/12/15357072_1219847291408744_614556621_n.jpg" alt="Katerina Gang, étudiante en journalisme à l’Université Concordia à Montréal (© Marion Lefèvre)" width="900" height="676" /></a><p class="wp-caption-text">Katerina Gang, étudiante en journalisme à l’Université Concordia à Montréal (© Marion Lefèvre)</p></div>
<p><em>« Donald Trump est un homme très intelligent. »</em> Voilà les premiers mots de Katerina à propos du nouveau président américain. Pour elle, il se préoccupe réellement du peuple américain et l’a montré à travers ses actes. <em>« Un jour, il a construit gratuitement une patinoire à Central Park pour les enfants new-yorkais »</em>, raconte-t-elle.</p>
<p>La nuit de l’élection a été unique pour Katerina. <em>« J’ai commencé à Reggie’s </em>[le bar de Concordia]<em>, et j’étais la seule supportrice de Trump »</em>, rit-elle. <em>« Quand j’applaudissais, les autres étaient tristes, et vice versa… Ensuite, je suis allée chez ma famille et mon copain est venu, on a regardé, on a bu. C’était incroyable. »</em> Si elle était résignée à ce qu’Hillary Clinton l’emporte, Katerina avait «<em> l’impression qu’une majorité silencieuse ne s’exprimait pas. On le voit beaucoup aux États-Unis, où les médias diabolisent l’idéologie conservatrice et où ces gens se sentent presque lépreux quand ils expriment ces opinions. […] Quand les États-pivots sont passés au rouge, c’était extraordinaire »</em>.</p>
<p>Son rejet de la bureaucratie, son expérience et son « succès » en tant que businessman, son côté outsider au sein de la politique bien rodée de Washington sont autant de qualités que Katerina trouve au nouveau résident du Bureau ovale. La polémique sur le sexisme de Trump l’amuse. <em>« L’idée d’« attraper cette femme par la chatte », c’était une blague ! Il a été très respectueux envers la femme en question après »</em>.</p>
<p><em>« Je pense que je me sens proche de Trump parce que je hais ce que Trudeau représente »</em>, analyse-t-elle. <em>« Je trouve que son parti et Justin Trudeau lui-même sont comiques, sur la scène internationale. Il n’a pas de cran »</em>.</p>
<p><em>« Je ne pense pas que Trudeau fasse passer le Canada avant tout »</em>, avance-t-elle. Sa diction est précise, elle hésite très peu et semble très au fait des évolutions politiques des deux pays voisins. <em>« Trudeau a dit qu’il allait diminuer les restrictions sur les visas accordés aux Mexicains »</em>, soupire-t-elle. Selon elle, ce serait un problème dans quelques années, alors que de nombreux Canadiens se préoccupent de la situation actuelle.</p>
<p>Économiquement, la présidence de Trump pourrait <em>« aider le Canada »</em> en ce qui concerne l’énergie. Par contre, les prix à la consommation pourraient selon elle augmenter, ce qui conduiraient des Canadiens à déménager vers le Sud – un mouvement qui défie la majorité des points de vue exprimés par les médias canadiens aujourd’hui.</p>
<p><em>« Au Canada, la culture est très ouverte – trop, peut-être »</em>, commente Katerina. <em>« Je ne suis pas surprise qu’être anti-Trump soit très Canadien, il n’incarne pas vraiment les valeurs canadiennes mais plutôt américaines. Il parle fort, il est riche et réussit dans la vie, il incarne le rêve américain »</em>, s’amuse-t-elle.</p>
<p>Katerina avoue ne pas comprendre le fait que les gens n’aiment pas l’élu. Pour elle, c’est <em>« hyperbolique »</em> de le comparer à Hitler comme cela a été fait. <em>« Hitler déportait des Juifs qui étaient citoyens allemands ; Trump veut déporter des immigrants illégaux »</em>, ajoute-t-elle lorsqu’on l’interroge sur le parallèle troublant de l’emploi du mot « déportation ». La question du racisme est pour elle exagérée, trop soulignée et manipulée par les politiques occidentaux. <em>« On peut avoir des politiques qui s’opposent à certains groupes sans être fondés sur le critère de la race mais sur la sécurité, la protection des citoyens. »</em> Rien à craindre si l’on à rien à cacher.</p>
<p>Interrogée sur la question du « small government », c’est-à-dire le refoulement de l’État-providence en dehors de la sphère privée, elle hoche vigoureusement la tête. <em>« Je suis légalement aveugle »</em>, dit-elle en pointant du doigt son œil. <em>« Mais je ne voudrais pas que s’occuper de moi soit le rôle de l’Etat. J’ai une vision d’une communauté forte ; je me préoccupe de mon copain, de mes amis, de ma famille et de leurs familles. »</em> Pour elle, le conservatisme représente l’individualisme, la compétition et l’effort. Ceux qui ne travaillent pas ne devraient pas forcément recevoir <em>« une éducation secondaire ou des bénéfices sociaux »</em>.</p>
<p>Pour elle, l&rsquo;Occident s’engage dans cette direction. <em>« Les gens commencent à voir les désavantages du libéralisme et à vouloir s’en débarrasser. »</em> Elle comprend les désirs nationalistes des groupes d’extrême-droite québécois, même si la séparation ne lui apparaît pas comme la solution.</p>
<p>Et de conclure, un peu ironique : <em>« Les médias sont très libéraux. Les éditeurs-en-chef du journal de Concordia pour lequel je travaille sont surpris que j’exprime autant mes vues politiques… »</em> Une fois son diplôme obtenu, elle pense à travailler sur YouTube ou pour un média conservateur nord-américain.<em> « Si on m’offrait un poste à Fox News, je déménagerais aux États-Unis, bien sûr »</em>, exprime-t-elle, rêveuse.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;">Marion LEFÈVRE, à Montréal</p>
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		<title>Le Mexique, plongé dans un marasme politique</title>
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		<pubDate>Thu, 06 Oct 2016 23:50:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Pamela Bazan]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Monde]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>&#160; Comme chaque année, le pays aztèque a fêté l&#8217;anniversaire de son indépendance la nuit du 15 septembre. Alors que le Zócalo se remplissait de personnes désireuses de crier « Vive le Mexique ! », plusieurs milliers de citoyens ont essayé de conquérir – en vain – la place centrale au cri de « Basta! » : pendant la mobilisation, les manifestants [&#8230;]</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Comme chaque année, le pays aztèque a fêté l&rsquo;anniversaire de son indépendance la nuit du 15 septembre. Alors que le Zócalo se remplissait de personnes désireuses de crier « Vive le Mexique ! », plusieurs milliers de citoyens ont essayé de conquérir – en vain – la place centrale au cri de « Basta! » : pendant la mobilisation, <a href="http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/09/16/97001-20160916FILWWW00046-mexique-la-demission-du-president-reclamee.php">les manifestants ont exigé la démission du président Peña Nieto</a>, dont la popularité ne cesse de baisser (selon un sondage du journal <em>Reforma</em> publié en août, elle serait tombée à 23%). Le compte à rebours vers l’élection présidentielle de 2018 a commencé et cette crise politique ne restera pas sans conséquences. Comment en est-on arrivé là ?</strong></p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
<p>En remportant l’élection présidentielle en 2012, Enrique Peña Nieto – alors candidat du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) – incarnait le retour d’un parti hégémonique au pouvoir. Depuis sa fondation en 1929, le PRI a instauré un régime autoritaire qui a duré sept décennies, avant l’arrivée du PAN (Parti action national, droite sociale-chrétienne) au gouvernement en 2000. Conscient de ce passé quelque peu totalitaire, il se vantait de représenter le « nouveau PRI » ; une aspiration unificatrice et un esprit réformateur semblaient cimenter le cœur de sa campagne. Après sa prise de fonction, son parti signerait un <a href="http://www.economist.com/news/americas/21567941-new-president-believes-he-has-broad-political-agreement-change-his-country">« pacte national »</a> avec l’opposition. Ensuite, il annoncerait des réformes structurelles pour « faire bouger le Mexique. » <em><a href="http://www.economist.com/news/21566314-enrique-pe%C3%B1a-nieto-mexicos-newly-elected-president-sets-out-his-priorities-mexicos-moment">Mexico’s moment</a></em> était en marche. Mais cette promesse ne ferait pas long feu. Le bilan du président mexicain, au pouvoir depuis quatre ans, contient des dossiers très épineux.</p>
<blockquote><p>Le cas Iguala ou la crise des droits humains</p></blockquote>
<div id="attachment_648" style="width: 810px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/etudiantsmx.jpg"><img class="size-full wp-image-648" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/etudiantsmx.jpg" alt="© fundar.org.mx" width="800" height="450" /></a><p class="wp-caption-text">© fundar.org.mx</p></div>
<p>Cela fait déjà deux ans que <a href="http://radio-londres.fr/2015/10/etudiants-disparus-mexique-loin-de-verite/">les étudiants de l’École Normale Rurale d’Ayotzinapa ont disparu</a>. Bien qu’une centaine de personnes aient été interpellées, de nombreuses questions restent sans réponse. La « vérité historique » présentée par le gouvernement de Peña Nieto s’est effondrée face à un rapport publié par des chercheurs indépendants. Ce document a mis en évidence les négligences commises par l’État pendant l’enquête officielle et a nié la thèse principale de celui-ci, selon laquelle les corps des 43 étudiants auraient été incinérés.</p>
<p><a href="https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/04/mexico-new-ayotzinapa-report-reveals-official-determination-to-sweep-tragedy-under-the-carpet/">Erika Guevara, directrice du programme Amériques d’Amnesty International</a>, a déclaré :</p>
<p><em>« La réaction des autorités à la disparition des 43 étudiants d&rsquo;Ayotzinapa et à l&rsquo;exécution extrajudiciaire de trois personnes est une illustration tragique de la méthode privilégiée par Enrique Peña Nieto en matière de droits humains : cacher ou ignorer les faits, et espérer que les accusations finissent par tomber dans l&rsquo;oubli. »</em></p>
<p><a href="http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Stop-Torture/Actualites/Torture-au-Mexique-le-rapport-critique-de-ONU-14462">L’Organisation des Nations Unies a également dénoncé cette crise</a> et a assuré que la torture restait une pratique généralisée au Mexique :</p>
<p><em>« Des policiers et des militaires recourent régulièrement à la torture afin de punir des détenus dans le cadre de la prétendue guerre contre la drogue, de leur arracher des “aveux” ou des informations. Souvent, les victimes sont forcées de signer des déclarations sous la torture et sont reconnues coupables dans de nombreux cas sur la base de ces seuls documents. »</em></p>
<p>Le gouvernement mexicain, à travers le ministère des Relations extérieures, a refusé les recommandations des organismes internationaux sous prétexte que, selon eux, <em>« leurs conclusions ne correspondent pas à la réalité »</em>.</p>
<blockquote><p>« La maison blanche d’Enrique Peña Nieto »</p></blockquote>
<div id="attachment_646" style="width: 1010px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/casablanca.jpg"><img class="wp-image-646 size-full" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/casablanca.jpg" alt="© divergente.mx" width="1000" height="532" /></a><p class="wp-caption-text">© divergente.mx</p></div>
<p>C’est le titre d’un reportage publié par l’équipe de <a href="http://www.courrierinternational.com/article/mexique-carmen-aristegui-un-defi-permanent-la-censure">la journaliste Carmen Aristegui</a> en novembre 2014, quelques semaines après la disparition des étudiants. <a href="http://aristeguinoticias.com/0911/mexico/la-casa-blanca-de-enrique-pena-nieto/">Ce travail</a> a révélé que le président et la première dame, Angélica Rivera, avaient acquis une résidence à Mexico d&rsquo;une valeur estimée autour de sept millions de dollars. Le ministre des Finances, Luis Videgaray, s’est retrouvé dans une situation similaire. Le problème ? Les maisons appartenaient à une entreprise qui a remporté un appel d’offre pour une construction ferroviaire, un projet qui promettait d’être un des plus grands succès du gouvernement fédéral, mais qui serait annulé ensuite. Cette firme a également bénéficié de contrats alors que Peña Nieto était gouverneur de l’État de Mexico.</p>
<p>Après ce scandale, le président mexicain a désigné Virgilio Andrade comme le responsable d’une enquête autour des luxueuses demeures. Ce fonctionnaire a nié d’emblée l’existence d’un conflit d’intérêts, en alléguant que les maisons avaient été acquises avant leur prise de fonction. L’opinion publique est restée sceptique face à ce verdict, considéré comme une exonération anticipée et motivée par les liens d’amitié entre Andrade et Videgaray.</p>
<p>En juillet 2016, Peña Nieto a annoncé la création d’un Système National contre la Corruption. Dans le cadre de cette réforme, il a évoqué la polémique entourant la « maison blanche » et s’est adressé aux Mexicains : <em>« Même si j’ai agi en toute légalité, cette erreur a affecté ma famille et a dégradé la confiance dans le gouvernement. Je vous demande pardon pour l’indignation provoquée par cette affaire. »</em></p>
<blockquote><p>L’évasion de « El Chapo »</p></blockquote>
<div id="attachment_645" style="width: 930px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/elchapo.jpg"><img class="size-large wp-image-645" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/elchapo-1024x640.jpg" alt="© posta.com.mx" width="920" height="575" /></a><p class="wp-caption-text">© posta.com.mx</p></div>
<p>Joaquín Guzmán Loera, « le plus puissant narcotrafiquant au monde », a été capturé pour la première fois en 1993 au Guatemala. Pendant le gouvernement de Vicente Fox en 2001, il s’échappe d’une prison de sécurité maximale.</p>
<p>Ce n’est qu’après treize ans de chasse que Guzmán Loera est revenu derrière les barreaux. Le 22 février 2014, « El Chapo » a été capturé par les autorités mexicaines. Le mandat d’Enrique Peña Nieto avait le vent en poupe. Après l’annonce de ses projets pour l’éducation et l’énergie, le « président réformateur » se voulait le garant de la lutte contre le crime organisé. Il a alors déclaré qu’une « nouvelle évasion serait impardonnable ». Mais l’inconcevable est arrivé.</p>
<p>Le 11 juillet 2015, Guzmán Loera s’est à nouveau évadé de prison. Pour ce faire, il s’est introduit dans un tunnel – long de 1,5 km – par un trou creusé dans sa cellule. Puis il l’a parcouru à l’aide d’une moto fixée à des rails qui menaient à un immeuble en cours de construction. Une stratégie qui ne laisse aucune place à l’improvisation. Pour les Mexicains, il semblait évident que le narcotrafiquant avait bénéficié de complicités à l’intérieur de la prison. La réalisation d&rsquo;un tel « chef d’œuvre d’ingénierie » en toute discrétion aurait été impossible. Une nouvelle recherche a été lancée.</p>
<p>Le 8 janvier 2016, Enrique Peña Nieto annonçait sur son compte Twitter : <em>« Mission accomplie. Je veux informer les Mexicains que Joaquín Guzmán Loera a été arrêté. »</em> Inutile de tirer orgueil de cette prouesse. Les autorités mexicaines avaient été incapables d’éviter l’évasion et l&rsquo;opinion publique de penser que « personne ne peut écarter la possibilité d’une nouvelle fuite ».</p>
<blockquote><p>Un scandale de plagiat</p></blockquote>
<div id="attachment_644" style="width: 770px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/tesisplagiada.jpg"><img class="size-full wp-image-644" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/tesisplagiada.jpg" alt="© debate.com.mx" width="760" height="416" /></a><p class="wp-caption-text">© debate.com.mx</p></div>
<p>Le 21 août, Carmen Aristegui a de nouveau fait irruption sur la scène politique mexicaine. Dans un reportage intitulé <em><a href="http://aristeguinoticias.com/2108/mexico/pena-nieto-de-plagiador-a-presidente/">« Peña Nieto, de plagiador a presidente »</a></em> (Peña Nieto, de plagiaire à président), elle publie une enquête affirmant que la thèse du président mexicain – qui lui a permis d’obtenir sa licence de droit – contient 28% de textes plagiés.</p>
<p>Cette affaire a bouleversé l’opinion publique mexicaine et les comparaisons ne se sont pas faites attendre. En 2011, Karl Theodor zu Guttenberg (ministre de la Défense allemand), en 2012, Pál Schmitt (président de la Hongrie) et en 2013, Anette Schavan (ministre de l’Éducation allemande) ; tous ont démissionné après des accusations de plagiat. En revanche, Peña Nieto a déclaré qu’il s’agissait ici d’une « erreur méthodologique ». Ces déclarations ont fait la une des médias mexicains, mais ce dossier a également trouvé sa place <a href="http://www.nytimes.com/2016/08/23/world/americas/report-accuses-mexicos-president-of-plagiarism-in-law-school-thesis.html?_r=0">dans la presse internationale</a>, ce qui n’a fait qu’attiser la polémique.</p>
<blockquote><p>Trump au Mexique</p></blockquote>
<div id="attachment_643" style="width: 970px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/nietotrump.jpg"><img class="size-full wp-image-643" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/nietotrump.jpg" alt="© Libération" width="960" height="622" /></a><p class="wp-caption-text">© Libération</p></div>
<p>Le gouvernement mexicain a annoncé, le soir du 30 août 2016, une réunion entre le président et le candidat républicain à la présidence des États-Unis, Donald Trump. <em>« Il y a quelques jours, le président Peña Nieto a invité les deux candidats à la présidentielle américaine pour dialoguer sur la relation bilatérale entre le Mexique et les États-Unis. »</em> Mais seul l’homme qui <em><a href="http://www.nytimes.com/2016/08/31/us/politics/donald-trump-mexico-enrique-pena-nieto.html?ref=nyt-es&amp;_r=0">« a passé un an à se moquer du Mexique »</a></em> a répondu.</p>
<p><em>« Quand le Mexique nous envoie des gens, il ne nous envoie pas les meilleurs. Il envoie des gens avec des tas de problèmes. Ils viennent avec de la drogue, ils amènent de la criminalité, ce sont des violeurs. »</em> Ces mots sont ceux de Donald Trump, prononcés lors de l’annonce de sa candidature, le 16 juin 2015. Des paroles toujours ancrées dans l’esprit des Mexicains.</p>
<p>En mars dernier, Enrique Peña Nieto a considéré ce discours comme une « rhétorique stridente » et a déclaré que « c’est la façon dont Mussolini et Hitler sont arrivés au pouvoir ». Les Mexicains ne comprenaient donc pas le pourquoi de l’invitation. Le 31 août, le candidat républicain s’est rendu à Mexico. Après une réunion privée, le président mexicain et Donald Trump ont parlé devant les médias. Lors des interventions que la presse mexicaine a considéré comme « tièdes » et « molles », Peña Nieto a affirmé que les commentaires de l’homme d’affaires avaient subi de <em>« mauvaises interprétations »</em>. <em>« Des malentendus »</em> a-t-il précisé. La prestation du président n’a pas plu aux Mexicains. Sur les réseaux sociaux, des millions d’entre eux ont manifesté leur indignation et ont dit se sentir « humiliés ». Pour eux, la visite de Donald Trump n’avait fait que légitimer son discours haineux. Selon Luis Videgaray (ministre des Finances), en revanche, l’invitation au candidat républicain a été <em>« courageuse et intelligente »</em>.</p>
<div id="attachment_642" style="width: 544px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/trumparizona.jpg"><img class="size-full wp-image-642" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/trumparizona.jpg" alt="© The Republic" width="534" height="401" /></a><p class="wp-caption-text">© The Republic</p></div>
<p>Cet évènement a eu des conséquences politiques majeures aux deux côtés de la frontière. Une fois rentré aux États-Unis, Trump a insisté de nouveau sur sa volonté de construire un mur entre les deux pays. Le président mexicain en avait parlé peu après la réunion : <em>« Au début de la conversation, j’ai clairement indiqué que le Mexique ne paierait pas le mur. »</em> Mais lors d’un meeting dans l’Arizona, l’homme d’affaires a déclaré, d’un ton moqueur : <em>« Le Mexique paiera le mur, croyez-moi, à 100%. Ils ne le savent pas encore, mais ils paieront le mur. »</em> (sic)</p>
<p>Trump avait le contrôle du discours, les mots de Peña Nieto avaient été dépassés. En une semaine, <a href="http://www.reuters.com/article/us-usa-election-poll-idUSKCN1182PT">il était remonté dans les sondages</a>. Pour Hillary Clinton, le voyage du candidat républicain à Mexico a été un <em>« incident international honteux »</em>.</p>
<p>Au Mexique, les partis de l’opposition ont traité Peña Nieto d’<em>« idiot »</em> et d&rsquo;<em>« incompétent »</em>. Le journal <em>Reforma</em> a identifié le ministre des Finances, Luis Videgaray, comme le promoteur de cette visite. Il a également révélé que Claudia Ruiz Massieu, la ministre des Relations extérieures, s’y opposait. Mais la décision était déjà prise, et « l’homme fort » du gouvernement de Peña Nieto devait maintenant affronter les conséquences. Mercredi 7 septembre, il a présenté sa démission. <em><a href="http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/09/09/la-visite-de-donald-trump-provoque-une-crise-politique-au-mexique_4995041_3222.html">« Un fiasco qui plonge le président Peña Nieto dans la plus grave crise de son mandat »</a></em>, selon Le Monde.</p>
<div id="attachment_641" style="width: 1014px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/calderon.jpg"><img class="size-full wp-image-641" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/10/calderon.jpg" alt="L'ex-première dame Margarita Zavala avec son époux, Felipe Calderón Hinojosa. (© clase.in)" width="1004" height="479" /></a><p class="wp-caption-text">L&rsquo;ex-première dame Margarita Zavala avec son époux, Felipe Calderón Hinojosa. (© clase.in)</p></div>
<p>En effet, la démission de Luis Videgaray porte un coup dur au parti du président en vue de la course électorale de 2018. Les chances de trouver un candidat qui permette au PRI de rester au pouvoir diminuent – la constitution ne permettant pas la réélection du président sortant. La réforme de l’éducation, un de ses projets les plus « prometteurs » du mandat de Nieto, a du mal à s’implanter. Aurelio Nuño, ministre de l’Éducation, et Miguel A. Osorio Chong, ministre de l’Intérieur, ont des difficultés à trouver un accord avec les enseignants opposés au nouveau modèle. Les interventions policières pendant les mobilisations ont déclenché un conflit devenant chaque fois plus violent.</p>
<p>Les partis de l’opposition semblent alors y voir plus clair. Chez le PAN, plusieurs dirigeants se sentent prêts à lancer une campagne pour récupérer la présidence. Les sondages placent l’ex-première dame Margarita Zavala en tête pour la candidature du parti conservateur. À gauche, le PRD (Parti de la révolution démocratique), bien que devant faire face à de nombreuses divisions internes, a manifesté son soutien à Miguel Ángel Mancera, l&rsquo;actuel maire de Mexico, mais n’écarte pas la possibilité de construire une alliance avec le PAN.</p>
<p>Cette course présidentielle sera assurément différente des précédentes. En 2018, la scène politique accueillera de nouveaux venus. D’un côté, le parti qui se dit le représentant de « la vraie gauche » : Morena (Mouvement de régénération nationale) fondé en 2014 par Andrés Manuel López Obrador, ancien candidat du PRD à la présidence mexicaine en 2006 et 2012. Il est convaincu que <em>« la troisième fois sera la bonne »</em>. De l’autre, les candidats indépendants, qui affirment que <em>« les Mexicains en ont assez des partis politiques »</em>. Parmi eux se trouve notamment Jorge Castañeda, ancien ministre des Relations extérieures pendant le mandat de Vicente Fox. De son côté, Margarita Zavala n&rsquo;a pas nié la possibilité d’une candidature indépendante. Une dérive qui peut permettre aux concurrents de se détacher du passé, et qui menace surtout le système politique traditionnel mexicain.</p>
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		<title>Légalisation de la marijuana : que se passe-t-il Outre-Atlantique ?</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Mar 2016 10:45:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Saviana, Pamela Bazan et Pierre Michel]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Monde]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Débat]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>&#160; Faut-il ou non légaliser la marijuana ? Alors qu&#8217;un nouveau règlement de comptes lié au trafic de marijuana a eu lieu à Marseille samedi 2 avril dernier, en France le débat est relancé. Une polémique complexe qui lie problèmes de commerce (illégal), de santé publique et de société. Mais qui est loin de ne sévir [&#8230;]</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p>Faut-il ou non légaliser la marijuana ? Alors qu&rsquo;un nouveau règlement de comptes lié au trafic de marijuana a eu lieu à Marseille samedi 2 avril dernier, en France le débat est relancé. Une polémique complexe qui lie problèmes de commerce (illégal), de santé publique et de société. Mais qui est loin de ne sévir qu&rsquo;en France ou même en Europe. Les correspondants de Radio Londres se sont interrogés à leur tour sur l&rsquo;état du débat au Mexique, aux États-Unis et au Canada.</p>
<p>&nbsp;</p>
<blockquote><p><strong>Mexique : un débat officiellement lancé</strong></p></blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>En janvier dernier, le gouvernement mexicain a ouvert un <strong>débat national</strong> autour de la légalisation de la marijuana. Ce débat comporte la tenue de cinq forums régionaux qui réunissent des experts nationaux et internationaux ainsi que de simples citoyens mexicains. À l’ordre du jour : la santé publique, les droits humains, les implications économiques et la sécurité.</p>
<p>Après la dernière session, qui aura lieu mercredi 6 avril à Mexico, le pays devrait être prêt à prendre une <strong>position claire sur le sujet</strong> en vue de sa participation au Sommet des Nations Unies sur les problèmes liés aux drogues, prévu aussi pour avril.</p>
<p>Bien que la question sur la légalisation de la marijuana fasse partie de la réalité mexicaine depuis longtemps, certains évènements portent à croire que le pays est arrivé à un tournant de son histoire.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_573" style="width: 4333px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/photo1.jpg"><img class="wp-image-573 size-full" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/photo1.jpg" alt="photo1" width="4323" height="2495" /></a><p class="wp-caption-text">En janvier dernier, le gouvernement mexicain a lancé un débat autour de la légalisation de la marijuana. Photo : Eluniversal.com.mx</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’année dernière, Grace Elizalde, une fille de huit ans souffrant des crises d’épilepsie, est devenue la <a href="http://www.liberation.fr/planete/2015/09/04/mexique-a-8-ans-graciela-veut-devenir-la-1e-consommatrice-legale-de-cannabis-dans-le-pays_1375459">première personne autorisée à suivre un traitement à base de cannabis</a>. C’est ainsi que <strong>le Mexique a ouvert la voie pour sa légalisation à des fins médicales</strong>.</p>
<p>Quelques semaines après cet évènement, une <a href="http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/11/05/le-premier-cannabis-club-du-mexique-relance-le-debat-sur-la-legalisation/">deuxième décision historique</a> vient intensifier le débat : quatre des cinq juges de la Cour suprême votent en faveur d’un recours déposé par les membres de la Société mexicaine d’autoconsommation responsable et tolérante (SMART). Cet arrêt autorise les quatre plaignants à <strong>planter, récolter, transporter et fumer de la marijuana</strong> à des fins récréatives. Les réactions ne se sont pas faites attendre : le président Peña Nieto s’est déclaré contre sa légalisation car «<em> la consommation de cette substance nuit au développement des jeunes. »</em></p>
<p>Il n’est clairement pas le seul à défendre cette position. Contrairement au cannabis médical, auquel une grande partie des mexicains se montre plutôt favorable, son usage à des fins « ludiques » n’est pas vu d’un bon œil par tout le monde.</p>
<p>Mais la question n’est pas du tout simple.</p>
<p>Le Mexique, un des principaux producteurs de marijuana au monde, est aussi un des pays les plus frappés par la <strong>violence</strong> en Amérique Latine. Depuis la déclaration de guerre aux cartels de la drogue par le président Felipe Calderón en 2006, le nombre de victimes lié au trafic de stupéfiants ne cesse d’augmenter (selon certaines sources, le bilan s’élève à 100 000 morts et plus de 20 000 disparus). Et pour certains, la légalisation de la marijuana pourrait porter un coup dur au crime organisé.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Juan Francisco Torres Landa</strong>, avocat mexicain et actuel Secrétaire général de l’organisation « México Unido contra la Delincuencia » (Le Mexique Uni contre la Délinquance), en est convaincu. Membre de la SMART, il est l&rsquo;une des quatre personnes autorisées à utiliser le cannabis à des fins récréatives, mais sa démarche ne répond pas du tout à un intérêt personnel : il n’est pas un consommateur de marijuana. <em>« Notre objectif est de promouvoir le débat autour de cette question face à l’échec de la guerre contre le trafic de drogues. »</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_574" style="width: 930px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/photo2.jpg"><img class="wp-image-574 size-large" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/photo2-1024x720.jpg" alt="photo2" width="920" height="647" /></a><p class="wp-caption-text">Pour certains, la légalisation de la marijuana pourrait porter un coup dur au crime organisé. Photo : proceso.com.mx</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Pour Juan Francisco, l’autorisation accordée par la Cour suprême n’est que le premier pas. <em>« Ça fait partie d’un changement de mentalité. »</em> Il affirme que le progrès en matière de légalisation passe d’abord par l’approbation du cannabis thérapeutique. <em>« Le cas de Grace est une porte d’entrée vers un plus grand débat, mais cela ne suffit pas. »</em></p>
<p>Il explique que <strong>la politique prohibitionniste est très loin d’avoir fonctionné</strong> car elle a entraîné des conséquences qui menacent la stabilité des institutions mexicaines. <em>« La richesse des narco-trafiquants provient de la prohibition décrétée par l’État. Ce dernier présume qu’il est possible d’éradiquer complètement les drogues ou la délinquance, mais en réalité, aucune de ces prémisses n’est vraie. »</em> Pour lui, cette stratégie est un échec. Il observe que, malgré l’augmentation du budget consacré à la sécurité publique, les résultats ne sont pas du tout favorables.</p>
<p>Alors, que faire ? Selon l’avocat, il faut trouver une alternative où l’État prenne un rôle régulateur pour <em>« récupérer du terrain »</em>, tout en frappant le flux économique des groupes criminels. Il avoue que ces organisations ne vont pas disparaître, mais reste confiant quant à l’efficacité de cette mesure, face à l’escalade de violence provoqué par l’usage de la force armée.</p>
<p>Quant aux conséquences de la légalisation de la marijuana en termes de santé publique, Juan Francisco a aussi son mot à dire. <em>« Toutes les drogues sont nocives, l’objectif n’est pas d’encourager leur consommation. »</em> Pour que le changement soit possible, souligne-t-il, de la responsabilité et du soutien médical sont indispensables. <em>« On doit fournir des outils efficaces aux personnes qui ont des problèmes d’addiction. »</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_575" style="width: 661px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/photo3.jpg"><img class="wp-image-575 size-full" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/photo3.jpg" alt="photo3" width="651" height="400" /></a><p class="wp-caption-text">Juan Francisco Torres Landa est une des quatre personnes autorisées à utiliser le cannabis à des fins récréatives. Photo : El universal.com.mx</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Que peut apprendre le Mexique de l’expérience internationale en matière de drogues ? Depuis que l’Uruguay a légalisé la production et la vente de marijuana en 2013, de nombreuses voix se sont levées pour appeler à faire de même dans plusieurs pays latino-américains. Juan Francisco se montre prudent : <em>« Ce n’est pas si simple ; tous les modèles sont très différents entre eux. »</em></p>
<p>Il soutient que <em>« le Mexique a besoin d’un cadre régulateur avec lequel les intérêts commerciaux ne se voient pas favorisés. Un modèle comme celui du Colorado, par exemple, n’est pas du tout convenable pour ce pays ».</em></p>
<p>D’après lui, il faudrait adopter <strong>le concept de « Club Social Cannabique »</strong>, une forme d’association à but non lucratif et où la production et consommation de marijuana répondent strictement aux besoins personnels des membres du groupe. <em>« C’est le modèle présent en Espagne et au Portugal. »</em> La SMART en est aussi un exemple. Avec l’autorisation obtenue l’année dernière, elle est devenue le premier club de ce type dans le pays.</p>
<p>Le devoir de Juan Francisco et ses collègues ne s’arrête pas là. <em>« Il faut renforcer la décision de la Cour suprême. »</em> Leur objectif est d’obtenir au moins quatre décisions similaires et ainsi former une jurisprudence.</p>
<p><em>« On doit aussi générer un coût politique pour ceux qui diffusent de fausses informations autour de ce sujet. »</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<blockquote><p><strong>Aux États-Unis, des &laquo;&nbsp;lois étranges&nbsp;&raquo; à Washington</strong></p></blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les Etats-Unis sont dans une position délicate concernant la marijuana : les consommateurs subissent une <strong>double-juridiction</strong>. Si cette drogue est prohibée au niveau national, toujours jugée illégale par la Cour Suprême, il n’en va pas de même pour les lois fédérales.</p>
<p>Dans une interview donnée à <a href="https://www.youtube.com/watch?v=2a01Rg2g2Z8">Vice News</a> en mars dernier, le Président Obama a déclaré que si suffisamment d’Etats légalisaient la marijuana, le Congrès serait certainement obligé de revoir sa position nationale. Une décision qui pourrait grandement simplifier les inextricables statuts des fumeurs sur le territoire américain.</p>
<p>La légalisation est en effet une véritable mine d’or : au Colorado, le montant des taxes prélevées s’élève à plus de<a href="http://www.thecannabist.co/2016/02/09/colorado-marijuana-sales-2015-reach-996-million/47886/"> 135 millions de dollars </a>en 2015. Le total des ventes flirte avec les 997 millions de dollars en un an et rapportait près de 17,2 milliards de dollars à l&rsquo;économie américaine.</p>
<p>Selon une récente étude publiée révélée vendredi 18 mars par<a href="http://www.cbsnews.com/news/legal-marijuana-a-44-billion-business-by-2020/" target="_blank"> CBS News</a>, <strong>la légalisation galopante du cannabis doublerait presque les revenus issus des taxes d&rsquo;ici quelques années</strong>. A l&rsquo;heure actuelle, au niveau national, le montant total des taxes sur la marijuana s&rsquo;élève à 24 milliards de dollars. En 2020, il atteindrait les 44 milliards, s&rsquo;apparentant au chiffre d&rsquo;affaire d&rsquo;entreprises comme Fed-Ex, spécialisée dans le transport international de fret, ou encore Lockheed Martin, société américaine de défense et de sécurité. Ces chiffres colossaux séduisent de plus en plus d&rsquo;Etats.</p>
<p>À l’heure actuelle, si vous fumez au Colorado, en Arkansas, dans l’état de Washington ou dans l’Oregon, vous ne risquez pas d’être inquiété pas les autorités. L’Arkansas, la Georgie ou encore l’Alabama devraient bientôt les rejoindre. La vente de marijuana dite « de récréation » est légale et tombe directement dans les caisses des Etats. Dans une vingtaine d’autres, la possession est autorisée, mais seulement dans le cadre d’un besoin médical. Au contraire, en Alabama ou encore au Connecticut, la possession et la vente sont considérées comme <em>felony</em>, ce qui signifie un crime grave pouvant entraîner peines de prison et lourdes amendes puant s&rsquo;élever jusqu&rsquo;à 20 000 dollars. Au Wyoming, la marijuana est toujours illégale, mais s&rsquo;apparente à un délit qui peut entrainer 1 an de prison et jusqu&rsquo;à 1000 dollars d&rsquo;amende cas si le consommateur a moins de 85 grammes en sa possession.</p>
<p>Mais la situation est encore plus complexe si l’on regarde certaines régions bien précises des Etats-Unis : la capitale, <strong>Washington D.C.</strong> est située au Nord-Est de la Virginie. Pourtant, sa juridiction ne suit pas les lois de l’Etat, mais celles du Disctrict de Columbia.</p>
<p>Dans cette configuration, les fumeurs de marijuana de la George Mason University, un college situé à 30 minutes de DC s&rsquo;accommodent de <strong>deux consignes </strong>: celle de Virginie, très à cheval sur l’illégalité de la substance, et celle de Washington, où la <a href="http://mpdc.dc.gov/marijuana">possession</a> pour les plus de 21 ans (mais non pas la consommation) est autorisée. Sur le campus, les étudiants américains ont refusé de témoigner sur leur consommation de marijuana. Nous sommes donc allés à la rencontre des étudiants en échange.</p>
<p><strong>Olivier est Néerlandais </strong>; dans son pays, la marijuana est légale, vendue dans des magasins spécialisés. Arriver aux Etats-Unis, fut une expérience surprenante.</p>
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<p><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/12721951_935726529881233_569580660_n.jpg"><img class=" size-full wp-image-580 aligncenter" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/12721951_935726529881233_569580660_n.jpg" alt="12721951_935726529881233_569580660_n" width="540" height="474" /></a></p>
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<p><span style="font-weight: 400;">“J’ai commencé à fumer quand j’avais 15 ans pendant trois mois, occasionnellement. J’ai recommencé quand j’avais 18 ans parce que <strong>dans mon pays c’est légal</strong>. Je suis pour la légalisation de la marijuana car je pense que les effets de l’alcool sont beaucoup plus nocifs : quelqu’un qui a trop bu sera toujours plus violent que quelqu’un qui a fumé. Je crois vraiment que la marijuana n’est pas aussi mauvaise pour l’organisme que l’alcool. Pour moi, le seul problème, c’est que <strong>ce n’est pas accepté socialement</strong>, même aux Pays-Bas. Là-bas, c’est peut-être légal, mais seuls les jeunes consomment. Les plus âgés ignorent tout de la marijuana et ont beaucoup de préjugés. </span><strong>Ici, j’ai fumé, mais je ne le fais plus</strong> : les risques et les conséquences sont trop grands. Les lois sont étranges : la Virginie est vraiment dure contre les fumeurs, et DC l’a légalisé. Je pense qu’il ne reste que peu de temps avant que l’Etat ne fasse pareil ; c’est un pas dans la bonne direction. De toute façon, ici, c’est très facile de se procurer de la weed : il suffit de demander aux bonnes personnes dans les <em>frat-parties</em>”.</p>
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<p><strong>Myriam, 20 ans, Française</strong>, est arrivée aux Etats-Unis en août 2015. Après avoir trouvé un dealer par l’intermédiaire de contacts dans une <em>frat party</em> -ces fêtes organisées par les fraternités de George Mason-, elle a consommé de la marijuana jusqu’en novembre. <strong>Dénoncée par un des habitants de son immeuble</strong>, Myriam était en procès jusqu’en en février dernier :</p>
<p><span style="font-weight: 400;"><br />
</span><span style="font-weight: 400;">“ Je ne peux plus consommer du tout. <strong>J’ai passé des journées entières à la cour.</strong> Tu as ceux qui n’en ont rien à faire et qui plaident coupable. A ce moment là, ils doivent payer 500$ d’amende et on leur retire le permis pendant six mois. Tu perds ton permis, mais si tu es jeune et que tu fais du community service, tu peux tout de même utiliser ta voiture pour aller en cours et chez le médecin. </span><span style="font-weight: 400;"><br />
</span><span style="font-weight: 400;">En tant qu’étudiante en échange pour moi, c’est différent. Je ne suis pas encore en procès, je suis dans l’étape de la “court”. Tous les gens qui ont le même problème sont là. Si tu as un avocat, il parle au procureur pour construire son argumentation. Après ça le juge t’appelle pour te poser des questions. Évidemment,<strong> il vaut mieux se taire, et laisser parler ton avocat</strong>. Surtout qu’un avocat coûte très cher : j’ai payé 1800$ au départ auxquels j’ai dû rajouter 300$ à chaque fois que j’allais au tribunal. </span><span style="font-weight: 400;"><br />
</span>J’ai mon test d’urine demain matin, j’ai fait un cours contre le cannabis, du <em>community service</em>… C’est une idée très américaine : <strong>quand tu te fais prendre tu dois rendre à la communauté</strong>. Tu dois faire par exemple 30 heures de community service. Si tu rends à la communauté et que tu paies dans les 500 dollars, tu peux éviter une plus grosse peine… C’est toi qui choisis ce que tu vas faire. ”</p>
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<p><strong>Wallid “Weed”, 20 ans, est Pakistanais.</strong> Consommateur dans son pays, il a continué à fumer dans les fêtes américaines, sans toutefois avoir recours à un dealer. Il est partagé sur le débat de la légalisation de la marijuana.</p>
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<div id="attachment_589" style="width: 304px" class="wp-caption alignright"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/12910546_946796962107523_642899423_n.jpg"><img class="wp-image-589 size-medium" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/12910546_946796962107523_642899423_n-294x300.jpg" alt="12910546_946796962107523_642899423_n" width="294" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Wallid: &laquo;&nbsp;Je voudrais que l’état légalise la marijuana, mais que les gens ne fument pas en public&nbsp;&raquo;. Photo: facebook</p></div>
<p>“La légalisation de la marijuana est vraiment un grand débat. Les gens qui veulent fumer fumeront de toute façon, légal ou non. <strong>Si vous légalisez, le pays va devenir feignant et ne pas se battre pour ses droits. </strong>Les gens descendront sur la mauvaise pente&#8230; J’ai fumé, et à d’autres moments non ; je vois la différence. Quand vous fumez, vous n’avez plus de volonté. Vous devenez feignant, vous ne faites plus rien&#8230; Je sais que peu de fumeurs partagent mon point de vue parce qu’ils sont accros. Forcément, ils ne veulent pas laisser tomber. Je l’ai vu : mon meilleur ami, au Pakistan, s’est mis à fumer après le décès de son père. Maintenant, il dépense la plupart de son argent là-dedans. Je ne suis pas non plus totalement pour la marijuana médicinale car il me semble que les abus seraient nombreux&#8230; <strong>Je ne suis pas pour la légalisation, mais pas contre non plus. </strong>Je voudrais que l’état légalise la marijuana, mais que les gens ne fument pas en public, en fait. Que tout soit très contrôlé.”</p>
<p>Contre toute assomption, le silence des étudiants américains tient davantage à <strong>la peur de la législation actuelle </strong>qu&rsquo;à un tabou dans le pays : selon <a href="http://www.vox.com/2016/3/15/11224500/marijuana-legalization-war-on-drugs-poll" target="_blank">un sondage réalisé</a> en mars 2016 par Vox et Morning Consult, 59% des Américains souhaiteraient la voir légalisée.</p>
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<p style="text-align: center;"><strong><u>Au Canada, un enjeu constitutionnel</u></strong></p>
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<p>Le Canada est entré d’aplomb dans le débat sociétal autour de la légalisation marijuana lors de la dernière campagne électorale fédérale d’octobre 2015. Le nouveau Premier Ministre élu à l’issue de cette longue campagne, <strong>Justin Trudeau, a fait campagne en faveur de la légalisation de la marijuana</strong> et entame désormais le processus politique pour faire ce peu. Au-delà du traditionnel débat qui oppose conservatisme et progressisme, cet enjeu majeur soulève d’autres questions qui sont davantage constitutionnelles.</p>
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<div id="attachment_584" style="width: 930px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/Le-premier-ministre-canadien-Justin-Trudeau-lors-conference-presse-Ottawa-8-fevrier-2016_0_1400_840.jpg"><img class="wp-image-584 size-large" src="http://grandsformats.radio-londres.fr/wp-content/uploads/2016/03/Le-premier-ministre-canadien-Justin-Trudeau-lors-conference-presse-Ottawa-8-fevrier-2016_0_1400_840-1024x615.jpg" alt="Justin Trudeau, Premier Ministre canadien" width="920" height="553" /></a><p class="wp-caption-text">Justin Trudeau, Premier Ministre canadien. Photo: lacroix.com</p></div>
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<p>Le Canada est un état fédéral, ce qui implique un gouvernement central (Ottawa) et des gouvernements fédérés (Provinces). Leurs juridictions respectives sont énoncées dans la constitution et chaque gouvernement a l’exclusivité de l’action dans ce qui lui est attribué, ce qu’on appelle communément les champs de compétences.</p>
<p>Pour comprendre la politique canadienne, il y a une expression clé : partage des pouvoirs. Une certaine partie du débat politique au Canada et particulièrement au Québec, est consacré au respect du partage des pouvoirs et parfois même à sa renégociation. Le Canada est en effet un vaste pays qui est sociologiquement très diversifié et où les mentalités varient d’une province à l’autre et même dans une province, d’une région à l’autre. Cette réalité forme un paysage politique à la grandeur du pays très particulier, qui complexifie beaucoup d’enjeux notamment constitutionnels. Chaque gouvernement tend alors à s’assurer de ne pas empiéter sur les compétences de l’autre. L’aspect constitutionnel peut donc devenir rapidement un polarisateur du débat lorsqu’un litige survient entre le gouvernement fédéral et les provinces, où les opposants vont souvent trouver une façon d’en appeler au partage des pouvoir.</p>
<p>La possession et le trafic de marijuana sont tous deux inscrits au code criminel du Canada. Mais <strong>le droit criminel est une compétence fédérale, tandis que le droit pénal est une compétence provinciale</strong>. Patrick Taillon, professeur de droit à l&rsquo;université Laval de Québec et spécialiste des questions constitutionnelles explique ainsi que <em>&laquo;&nbsp;la criminalisation de certaines drogues relève de la compétence exclusive d’Ottawa et que seul Ottawa peut décider de décriminaliser ou de criminaliser quelque chose&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p>La légalisation de la marijuana relèverait donc, en théorie, exclusivement de juridiction fédérale. Seulement voilà, entre la théorie et les faits, il y a souvent deux mondes… Dans les faits, la décriminalisation de la marijuana ne peut pas se faire sans la consultation des provinces car, le jour où elle n’est plus inscrite au code criminel, en tant que drogue, à l’instar du tabac ou de l’alcool elle va relever de la santé et… <strong>la santé relève des provinces</strong>.</p>
<p>Pour illustrer cette difficulté, Patrick Taillon cite un exemple bien précis concernant l’avortement : celui-ci se pratique par des médecins, dans des hôpitaux, et relève de la compétence des provinces puisque c’est le domaine de la santé.</p>
<p><em>«Quand on a décriminalisé l’avortement il y avait des provinces plus conservatrices que d’autres, pas très favorables à la libéralisation de l’avortement et où on a limité très fortement, sans interdire, la pratique de l’avortement. Alors une province décidait que ça devait avoir lieu dans hôpitaux autorisés, ce qui empêchait l’ouverture d’une clinique Morgentaler </em>[clinique spécialisées, ndlr]<em>. Monsieur Morgentaler décide alors de contester cette réglementation en disant que c’est une législation déguisée qui n’a rien à voir avec la santé. Eh bien c’est ce qui peut arriver avec la marijuana. Et si le juge conclue que le législateur provincial tente, de manière affichée ou non de s’arroger une compétence fédérale, le juge va lui dire qu’il est en dehors de son champ de compétence ».</em></p>
<p>Selon lui, avec légalisation de la marijuana nous assistons à la même situation : <em>«<strong>Justin Trudeau a promis quelque chose qu’il ne peut pas livrer seul</strong> car il a promis non seulement de décriminaliser certaines drogues, ce qu’il peut faire avec une loi du parlement fédéral mais il a également promis sa légalisation or, ce n’est parce qu’on décriminalise quelque chose que ça devient automatiquement légal».</em></p>
<p>Pour revenir à l’exemple de l’avortement, les provinces se retrouvent à fixer des règles sur la pratique (comment, où, par qui, à qui) et dont les réponses sont des conditions qui relèvent des provinces. Si Justin Trudeau veut tenir sa promesse de légaliser la marijuana et donc, d’en permettre le commerce, il n’a pas le choix de s’entendre avec chaque province, ce qui fait onze gouvernements impliqués. Cependant, cela ne veut pas dire que les modalités de vente doivent être les mêmes d’une province à l’autre, chaque province pourrait légiférer sur l’âge, les droits de ventes, etc.</p>
<p>Question alors légitime : est-ce que les gouvernements provinciaux pourraient faire fi de la décriminalisation et inscrire au code pénal la consommation et le commerce de marijuana pour conserver la situation actuelle ? Oui et non selon Patrick Taillon, car il faut selon lui <strong><em>&laquo;&nbsp;faire la distinction entre pénaliser et criminaliser&nbsp;&raquo;</em></strong>. Les gouvernements provinciaux peuvent créer des infractions en vertu d&rsquo;une loi provinciale mais, celles-ci peuvent être contestées devant les tribunaux. S&rsquo;il est démontré que les infractions qu&rsquo;on tente de mettre en place ne sont qu’un prétexte détourné pour recréer une forme de criminalisation et que le juge est lui aussi de cet avis, les tribunaux diront à la province qu’elle n’a pas ce pouvoir. <em>« Si les provinces veulent créer des infractions, il faut que ce soit relié à l’application d’une loi provinciale, comme une interdiction dans le cadre de la protection de la jeunesse, la protection de la santé, la sécurité routière, qui sont de juridiction provinciale »</em> explique ainsi Patrick Taillon.</p>
<p>Connaissant la dimension de l’enjeu, on aurait l’impression que c’est une façon pour Ottawa de s’éloigner d’un enjeu sensible en le balançant dans le domaine des provinces et en disant nonchalamment <em>« ce n’est plus de mon ressort »</em>. Les provinces ne peuvent pourtant pas empêcher Ottawa de décriminaliser quelque chose. D’après monsieur Taillon, pour livrer sa promesse <strong>Justin Trudeau a tout intérêt de rencontrer les provinces pour voir ce qu’ils peuvent faire ensemble</strong>, comment il peut les aider, s’il faut des mesures transitoires, etc.</p>
<p><em>«Il va sans doute chercher à collaborer avec les provinces mais s’il n’y a pas d’accord, le Canada se retrouvera dans une situation ou Ottawa va décriminaliser et les provinces vont devoir gérer toutes seules le problème, comme ça a été le cas en matière d’avortement ».</em> Il est un éternel débat au Canada sur le partage des compétences qui sera toujours au premier plan, peu importe l&rsquo;importance de l&rsquo;enjeu dont on discute : la souveraineté des provinces dans leurs juridictions sera toujours le point numéro 1 d&rsquo;un débat politique.</p>
<p>Ce débat technique dont on vient de parler pourrait-il alors supplanter le débat traditionnel conservatisme moral versus progressisme moral ? Patrick Taillon ne se risque pas à faire une telle prédiction mais il assure que <em>&laquo;&nbsp;la dimension constitutionnelle du partage des pouvoirs peut devenir un excellent prétexte pour combattre cette promesse&nbsp;&raquo;</em>. Il se questionne toutefois si le candidat Justin Trudeau de l’époque avait conscience des difficultés et des obstacles juridiques que cela impliquerait. Justin Trudeau aurait d’ailleurs très bien pu proposer la décriminalisation simple. Mais il a promis quelque chose qui allait bien au-delà de ce qu’Ottawa peut faire. Il a peut-être un peu mésestimé l’ampleur du dossier.</p>
<p>Cependant une chose est sûre : les opposants à la légalisation de la marijuana auront leurs arguments sur l’axe gauche-droite mais ils auront aussi des arguments sur le partage des compétences. Il y a encore bien des débats au pays avant que la légalisation de la marijuana soit conclue au Canada.</p>
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<p style="text-align: right;"><em>Par Alexandra Saviana aux États-Unis, Pamela Bazan au Mexique et Pierre Michel au Canada</em></p>
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